Voilà une question qu'il est légitime de se poser dans la vie comme en sténopé !
Cela fait plus d'un an que je pratique la photographie au sténopé. Jusqu'ici mes séances ont été avant tout des tests destinés à apprivoiser cette technique plus qu'aléatoire. Si, à mon avis, je n'aurais jamais fini d'effectuer des tests, je pense que je vais m'inscrire de plus en plus dans une démarche concrète dans laquelle il s'agira de donner naissance à des images que je n'aurai pas honte d'exposer si on me le permet.
C'est le cas depuis cet été, avec les séances que j'enchaîne dans le but de proposer les meilleures clichés en réponse à l'appel à participation lancé par le CCAM du Bourget (4ème exposition internationale de photographie au sténopé). Et ce sera le cas l'année prochaine car j'entends bien reprendre avec Willène Pilate, notre projet d'exposition là où nous l'avons laissé. ^^
Dans ce contexte, au-delà des questions techniques sur la chimie et les temps de pose, je m'interroge de plus en plus sur ma démarche, ce que je veux exprimer, raconter, faire vivre comme expérience au spectateur... Ce fameux spectateur qui aime, ignore ou déteste. Ce spectateur, dont la perception n'est pas toujours en accord avec l'intention de l'auteur.
Figure writing reflected in a mirror, peinture de Francis Bacon que je reproduis actuellement.
Quel comportement adopter face à la critique ?
Analysons un peu le problème.
Une création qu'elle soit picturale, cinématographique, ou photographique est le produit d'une démarche personnelle. Elle est façonnée par une personne ou une équipe (dans le cas du cinéma par exemple) caractérisée par une sensibilité, une histoire, une culture, une intention spécifiques.
Les spectateurs de cette création sont également caractérisés par une sensibilité, une histoire, une culture, une intention spécifiques. Ces caractères constituent le filtre à travers lequel la création va être perçue.
La perception de cette création ne sera pas la même en fonction des spectateurs :
ces derniers seront sous le charme, indifférents ou clairement pas emballés. Surtout, leur perception sera plus ou moins en phase avec l'intention de l'auteur.
A mon sens, prendre en compte la critique dans l'optique de plaire au plus grand nombre n'a pas d'intérêt au sens artistique du terme (même si cela peut représenter un intérêt économique).
Pour garder son intégrité et sa sincérité dans sa démarche, je pense que prendre en compte la critique, c'est aller au-delà de sa propre perception pour constater si l'intention a été comprise ou non par le public.
Dans mon cas, on dit parfois de mes photos qu'elles sont tristes, glauques ou encore macabres.
C'est loin d'être faux !
La technique y est pour quelque chose : le sténopé est à mon sens peu enclin à donner lieu à des images "joyeuses". On obtient des clichés généralement sombres, très contrastés, des visions fantomatiques et troubles, le tout semblant sortir d'une époque lointaine.
D'autre part, j'avoue mon attrait pour les oeuvres torturées de Bacon, le naturalisme de Zola ou encore la mélancolie d'AaRON. Pour reprendre le texte d'une chanson de Zazie, "On n'écrit pas qu'on manque de rien, qu'on est heureux, que tout va bien.".
N'est pas Charles Trenet qui veut. 
Mon ambition n'est pas de plaire au plus grand monde, mais de faire en sorte que le spectateur perçoive ce que j'ai tenté de transmettre. J'aimerais donc que la poésie et la mélancolie de mes images soient plus évidentes que leur caractère glauque ou macabre.
Et puis, on va finir par croire (si ce n'est déjà fait) qu'étant à l'origine d'images peu joyeuses, je suis probablement un jeune homme perturbé, voire dépressif qui n'est pas tout à fait sorti de l'adolescence et qui, pour faire face à son malaise de vivre, exhibe des images gothiques à travers lesquelles il crache sa haine de la société.
Pourtant, je ne me suis jamais senti aussi bien qu'aujourd'hui !
Je suis comme Isabelle Adjani campée par Florence Foresti : "Dans mes fictions, je ne joue que des martyrs, des condamnées à mort, des folles mais les gens confondent, je ne suis ni Camille Claudel, ni Adèle H [...]. Je suis Isabelle Adjani, Zaza pour les intimes et je rote, je pète, je fais caca, comme vous."
















