J'ai découvert le site de Patrick Caloz très
facilement en effectuant une simple recherche sur
Google et pour cause ! Avec un nom de domaine
aussi efficace que www.stenopes.com, le site du sténopiste suisse est
très bien positionné dans les résultats des moteurs de
recherche.
Mais ce n'est pas là son seul mérite ! Patrick
Caloz m'a avant tout bluffé par la qualité de son travail,
la force de ses compositions mêlée à la douceur de ses images. Un
véritable spectacle pour l'oeil qui m'a donné envie d'en
savoir plus...

Série Débarcadère par Patrick Caloz.
Laurent Diaz : Comment avez-vous découvert le
sténopé ?
Patrick Caloz : C'est au gré de mes voyages sur le net que je suis
tombé un peu par hasard sur le travail au sténopé de Rob Gardiner's.
J'ai trouvé son travail incroyable. Le rendu de ses images m'a
vraiment séduit.
L.D. : Pourquoi cette technique plutôt qu'une autre
?
P.C. : Cette technique s'est rapidement imposée dans ma pratique
photographique. Après quelques essais, mes désirs étaient comblés
: j'aime les beaux objets, le toucher de cette boîte est
autrement plus agréable que du plastique ou du métal [Note de
LD : la boîte utilisée par Patrick Caloz est en bois]
; mon regard n'est pas limité à un viseur ; le temps
qu'implique la prise de vue me permet aussi de profiter et de
me laisser imprégner par les ambiances.
Par ailleurs, j'apprécie de pouvoir saisir sur la surface sensible
ce que le regard ne peut percevoir. Les notions de lenteur et de
"prendre le temps" sont devenues primordiales pour moi. De plus, je
trouve le rendu des images au sténopé très doux et moelleux. C'est
plus qu'une image, c'est de la matière...
L.D. : Présentez-nous un peu votre appareil. Comment vous
l'êtes-vous procuré ?
P.C. : Il s'agit d'une boîte en
bois Zero Image 6x9.
Elle posséde un trou de 0.17mm de diamètre et il y a à l'intérieur
des languettes de bois permettant de calibrer différents formats
(de 4.5x6 à 6x9). Sa focale est de 40mm. C'est aussi un
poids plume car elle pèse 328 grammes. Elle a été fabriquée en
Chine. Je l'ai commandée directement sur le site de Zero
Image, mais on en trouve aussi sur des sites comme www.lomography.com.
Présentation de l'appareil sténopé de Patrick
Caloz sur www.stenopes.com.
L.D. : N'avez-vous jamais été tenté de fabriquer vous-même
votre appareil sténopé ?
P.C. : C'est une question
que je me suis souvent posée. Mais je ne suis pas du tout
bricoleur. Mon plaisir est avant tout dans la prise
de vue et le tirage alors, puisqu'il existe d'aussi belles
boîtes... Cependant j'aimerais bien essayer de faire un boîte avec
une fente plutôt qu'un trou. Ce qui m'intéresse avec la fente,
c'est que l'on ne reconnaît plus le sujet photographié, on n'a
plus que des lignes superposées et c'est ce côté pictural qui
m'intéresse. Certaines photos de Wesely illustrent bien le type de rendu que
l'on peut obtenir.
Je compte réaliser ce type de photo en couleur. Pour ce
faire, il suffit de mettre un film couleur dans la boîte (de
préférence un film diapo). Côté papier, il existe le papier couleur
Ilfochrome, anciennement Cibachrome qui
permet d'avoir directement un positif.
L.D. : Quel(s) support(s) sensible(s) utilisez-vous et
pourquoi ?
P.C. : J'utilise exclusivement le film
Pan F 50 pour faire durer le plaisir, mais
aussi pour sa finesse de grain, sa souplesse d'exposition et ses
beaux dégradés de gris.

Série Gastlosen par Patrick Caloz.
L.D. : Comment évaluez-vous le temps de pose lors d'une
prise de vue ?
P.C. : Je mesure la lumière incidente
avec un posemètre puis je fais une correction approximative de
l'effet Schwarzschild. De 30 secondes à 2
minutes, je multiplie par 4 le temps donné. À partir de 2 minutes,
je fais de même mais en ajoutant encore la moitié du
temps.
L.D. : Comment vous y prenez-vous pour positionner votre
appareil ? Faites-vous l'usage d'un trépied ?
P.C. :
J'ai deux trépieds : un grand et un de table que j'utilise selon
mes envies de cadrage. Pour cadrer je pose mon regard juste
derrière ma boîte et imagine les rayons de lumière qui passent dans
le trou...
L.D. : Au cours de séances en extérieur, quelle est la
réaction des passants ?
P.C. : La plupart regardent
et m'observent de loin. Certains viennent me poser des questions et
d'autres prennent leur appareil numérique et se mettent
derrière moi pour photographier ce qu'ils croient que je
photographie. 
L.D. : Vous avez pris des photos dans différents pays
d'Europe. Jacques Prud'homme qui a répondu à une petite interview
en octobre pour ce blog évite l'avion à cause de ses
canettes de bière sténopé suspectes ! N'avez-vous jamais
rencontré de problème lors du contrôle des bagages avec votre
étrange appareil ?
P.C. : En principe, je ne prends pas l'avion. Quand je pars
photographier une ville d'Europe, j'aime bien travailler dans la
lenteur alors je prend le train, même s'il faut compter 12 heures
de voyage.

Série Lockheed 12 A par Patrick
Caloz.
L.D. : Quels sont vos sujets de prédilection
?
P.C. : J'apprécie particulièrement les paysages urbains. J'ai
d'ailleurs un projet en cours concernant les villes d'Europe.
Chaque année, je pars en novembre dans une ville que je
photographie durant 3 jours uniquement avec ma boîte. Je ne fais
alors que ça du matin au soir. Les prises de vue peuvent durer
jusqu'à 1h30 alors ça me laisse le temps de ressentir les
atmosphères des lieux que je visite.
L.D. : Pourquoi avoir choisi le format carré pour vos
photos ?
P.C. : Dès que j'ai commencé à faire du labo, ma tendance était de
recadrer mes images 24x36 en carré. C'est quelque chose qui m'est
naturel. Ce que j'aime dans le carré, c'est que je me sens attiré
au centre de la scène, alors qu'avec le format rectangulaire, j'ai
l'impression de balayer le sujet de gauche à droite sans vraiment
rentrer dans l'image.
L.D. : Quelle est votre série de photos préférée
?
P.C. : J'aime beaucoup la
série "Vents et sable".

Série Vents
et sable par Patrick Caloz.
L.D. : Êtes-vous inspiré par le travail de certains
artistes, sténopistes ou pas ?
P.C. : Il y a les travaux de Rob
Gardiner's que j'ai mentionné précédemment mais aussi
Robert
Mann en passant par Eirik
Holmoyvik.
L.D. : Vous préparez une exposition autour de clichés pris
à Venise. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
P.C. : J'exposerai cette année 2009, de mai à fin juillet dans la
galerie Passage-Expo à Fribourg en Suisse. Il
y aura 30 tirages barytés de Venise.
Des images que je ne préfère pas dévoiler avant l'exposition.
L.D. : Vous avez publié un ouvrage intitulé
Steno'Dam... Amsterdam à travers un trou d'épingle.
Pouvez-vous nous le présenter ?
P.C. : Il s'agit d'une sélection d'images réalisées à Amsterdam en
novembre 2006. C'est un ensemble de photographies représentant
cette ville sous l'angle de la tradition et de la modernité, mais
surtout un livre sans prétention m'ayant permis d'aborder
l'auto-édition par le logiciel Blurb.

> Visualiser
l'ouvrage Steno'Dam.
L.D. : Réalisez-vous vos tirages vous-même ?
P.C. : Toutes mes images ont été tirées par mes soins dans la
chambre noire. J'y accorde un soin particulier dans la mesure où le
travail de la lumière sous l'agrandisseur compte énormément dans le
résultat final. J'adore réinterpréter la matière du négatif en
fonction de l'ambiance que je veux transmettre. Je ne peux pas
concevoir la pratique du sténopé sans ce travail au labo que je
considère un peu comme de la peinture avec de la lumière. Je
réalise d'abord de petits tirages de lecture où je teste le
potentiel de chaque image, puis je tire sur du baryté les images
qui me satisfont. Ce support me permet de rester jusqu'à la fin
dans la lenteur car il faut les laver plus longtemps et aussi
prendre le temps de les sécher.

A g. : Scan brut du négatif mis en
positif
A dr. : Tirage de la photo après retouche
en labo
L.D. : Quels conseils donneriez-vous à un apprenti
sténopiste ?
P.C. : De se faire plaisir et de profiter du temps que nous laisse
cette pratique...
Propos recueillis par e-mail en janvier 2009.






Laurent
lun 19 jan 2009 22:47