Accueil Date de création : 10/09/08 Dernière mise à jour : 29/01/12 23:29 / 154 articles publiés

Entretien avec le sténopiste François-Xavier Huat  (Interviews) posté le jeudi 19 mars 2009 00:12

interview sténopé

J'ai découvert le travail de François-Xavier Huat à travers son blog FX und Aurelich et son espace FlickR consacrés à son travail photographique et notamment à ses sténopés parmi lesquelles figurent de beaux bijoux !

Je n'ai donc pas résisté à l'envie de lui poser quelques questions, pas mal de questions même !

François-Xavier Huat : la statue
La statue (François-Xavier Huat)

Laurent Diaz : Et si vous vous présentiez en quelques lignes pour commencer ?
Francois-Xavier Huat : Et bien, je m’appelle Francois-Xavier Huat. Je suis un sténopiste du dimanche qui habite en région annécienne.

L.D. : Comment avez-vous découvert le sténopé ?
F-X.H. : Je ne me souviens plus exactement comment j’ai découvert le sténopé mais ça fait 4 ans que je m’intéresse à la pratique. J’ai décidé de me lancer en décembre 2007 après avoir rencontré un sténopiste à une expo. Il m’a rassuré sur la facilité du développement « en salle de bain » du papier photosensible.

L.D. : Qu'appréciez-vous dans cette technique ?
F-X.H. : Prendre son temps. Le fait que l’on soit à l’opposé de l’instantané électronique, le plaisir de réaliser des photos avec une simple boîte en bois et un trou dans une plaque en alu. Et puis même si on peut avoir une bonne idée du résultat, à force de pratique, le développement est toujours une surprise.

L.D. : Quelles autres techniques photo utilisez-vous ?
F-X.H. : J’avoue, j’ai quand même un reflex numérique, ainsi qu’un Holga 6x6.

Concernant le reflex, ce que j'apprécie, paradoxalement, c’est l’instantanéité et surtout son coté polyvalent : c’est tout de même plus pratique pour la photo animalière, par exemple !

De son côté, le Holga est un appareil tout en plastique, du boîtier à la lentille de l’objectif. Il est peu lumineux et pas forcement bien étanche à la lumière. Les photos obtenues sont souvent bien saturées au niveau des couleurs. On croirait voir des images issues des années 80, du moins, ça me fait penser au rendu des photos que je pouvais faire quand j’étais gamin.

En termes d’utilisation, le sténopé et le Holga présentent le même degré de technologie (avancement du film manuel, possibilité de multi-expositions, caractère « bricolable »). La différence est que le Holga me permet de prendre un sujet avec une relative netteté ce que ne me permet pas facilement le sténopé, et on est davantage dans un registre « instantanée ».

J’aimerais bien m’offrir un jour un appareil du type Rolleiflex 3.5 ou Mamiya C330. Ce sont deux appareils argentiques moyen format qui on été pas mal utilisés dans les années 70. Ce sont des appareils bi-objectifs : la visée se fait à travers un verre dépoli [qui est translucide et laisse passer la lumière]. Ce qui me plaît, c’est que l’on reste toujours dans le l’idée de prendre son temps pour faire la photo. La différence  par rapport à du sténopé maison c’est que la qualité de l’image est excellente.

L.D. : Pouvez-vous nous présenter les appareils que vous utilisez pour le sténopé ?
F-X.H. : J’ai deux sténopés fonctionnels : le premier que j’ai construit est une boîte en bois qui fonctionne avec du papier photo. J’utilise du papier au format 10x15.
Le deuxième, je l’ai construit pour le besoin d’un voyage. Il fonctionne donc avec une pellicule moyen format. C’est plus pratique à stocker qu’une pile de papier photo. Je l’ai amélioré au fil du temps.

François-Xavier Huat : appareils sténopé
Les appareils sténopés de François-Xavier Huat.
De G. à Dr. : le sténopé papier, l'appareil actuel sur son trépied, les deux appareils en cours d'élaboration.

L.D. : Vous fabriquez en ce moment un nouvel appareil.
En quoi est-il différent ?
F-X.H. : J’en ai même fabriqué deux nouveaux ! Celui dont vous parlez est un stenopé qui devrait me donner des images au format 6x12, je dis "devrait" parce que pour le moment, je n’ai pas le format escompté. J’ai plusieurs problèmes, notamment, je n’arrive pas à couvrir mon format.

L.D. : Savez-vous d'où ce problème provient ?
F-X.H. : Pour cet appareil, j’ai utilisé une autre technique pour obtenir le trou : le moyen le plus classique qui soit : une tôle fine d’alu que je perce avec une aiguille. Je ponce ensuite la bavure. Je m'arrange pour que le trou soit le plus petit et le plus rond possible sans calculer le rapport entre le diamètre du trou et la distance entre le trou et le papier. J’arrive à obtenir des trous de 0,16mm avec cette méthode mais la tôle ne doit pas être suffisamment fine car j’ai un fort vignetage sur mes photos.

L'autre méthode que j'utilise pour réaliser le trou demande du matériel plus spécifique mais l’image obtenue couvre largement mon négatif : le trou final est toujours réalisé avec une aiguille sauf que je prépare ma plaque d’alu au préalable pour n’avoir que 0,1mm de matière à percer avec mon aiguille. Pour réduire l’épaisseur de ma plaque, j’utilise un tour d’usinage. Je réalise au centre de ma plaque (qui à ce stade est une barre cylindrique de 25mm de diamètre) un cône avec un foret de 4,5mm de diamètre sur 0,9mm de profondeur. Je tronçonne ensuite, dans ma barre, une tranche d’1mm d’épaisseur. J’obtiens un disque de 25mm de diamètre et de 1mm d’épaisseur sauf au centre où se trouve une dépression en forme de cône et donc une épaisseur de 0,1mm que je perce à l’aiguille.
 
L.D. : Comment vous-y prenez-vous pour fabriquer vos nouveaux appareils ?
F-X.H. : Le premier appareil (le 6x12), je l’ai fabriqué à partir d’une vieille boîte de pied à coulisse. Le bois manque un peu d’épaisseur et j’ai des infiltrations de lumière. De plus la distance film/sténopé n’est peut-être pas assez importante pour couvrir un format 6x12, pourtant d’après mes essais avec un verre dépoli, ça devrait fonctionner.

Le deuxième appareil en construction, est un 6x6 dans une boîte de comparateur.
Un comparateur est un appareil de mesure utilisé couramment en production industrielle. Il permet de mesurer de très petits déplacements ou de vérifier l’exactitude d’une côte sur une pièce. Les vieux comparateurs analogiques étaient livrés dans des boîtes en bois. Je me suis dit que ça pourrait faire un sténopé sympa !

Pour cet appareil, j’ai pour objectif de le piloter à distance pour tenter des prises de vue plus acrobatiques. Je ferai cette transformation quand il fonctionnera parfaitement.

François-Xavier Huat : Lyon
Lyon (François-Xavier Huat)

L.D. : Comment comptez-vous piloter cet appareil à distance ?
F-X.H. : L’idée que j’ai en tête, c’est d’utiliser un servomoteur de modélisme et une télécommande. Le servo piloterait l’ouverture du cache. J’ai envie d’essayer de réaliser quelques photos depuis des endroits pas spécialement accessibles à la main (fourche d’un vélo en roulant par exemple). Pour la construction, je réalise les plans avec un logiciel de CAO puis je fabrique les pièces nécessaires : axes, cloisons, molette, obturateur et sténopé.

L.D. : Qu'est-ce qu'un logiciel de CAO ?
F-X.H. : CAO veut dire Conception Assistée par Ordinateur : en gros, un logiciel pour dessiner des pièces (n’importe quel objet existant ou non) en 3D. Disons que ce type de logiciel est à la base de « presque » tous objets industrialisés existant autour de nous. C'est très utile pour reconditionner une boite quelconque en appareil photo.

Conception en 3D de l'appareil sténopé de François-Xavier Huat
La conception 3D de l'appareil sténopé de François-Xavier Huat sur Pro/ENGINEER

Le logiciel que j’utilise s’appelle Pro/ENGINEER. Il s'agit d'un outil professionnel avec lequel j’ai l'occasion de dessiner mes sténopés car c’est mon outil quotidien. Ce n’est pas un logiciel gratuit, mais il doit exister des logiciels de ce type en open source. Ils doivent être largement suffisants pour dessiner un boîtier. Sinon du papier, une règle et un crayon ça marche bien aussi !

L.D. : Quel(s) support(s) sensible(s) utilisez-vous et pourquoi ?
F-X.H. : Principalement de la pellicule noir et blanc Ilford FP4 125 ainsi que de la Fuji Pro 160C. J’ai essayé de la Fuji Reala mais les couleurs ne sont pas terribles. J’utilise ces pellicules car ce sont les seules que je trouve sur Annecy en fait. J’utilise moins mon sténopé avec le papier photo car je ne peux plus faire de chambre noire correcte dans mon nouvel appart.

L.D. : Lors d'une séance photo, comment évaluez-vous le temps de pose nécessaire ?
F-X.H. : N’ayant toujours pas de cellule à main, je mesure ma lumière avec mon reflex à f22. Je fais trois mesures : le ciel, mon sujet et la zone la plus sombre. De ces trois mesures, j’en déduis un temps de pose grâce à une table de conversion, obtenue avec le logiciel PinholeDesigner. Ensuite, je module le temps de pose au feeling.

François-Xavier Huat : Café des arts, Annecy
Café des Arts, Annecy (François-Xavier Huat)

L.D. : Comment vous-y prenez-vous pour positionner votre appareil ? Faites-vous l'usage d'un trépied ?
F-X.H. : Au début, je le posais à même le sol, ou sur le trépied du reflex. J’ai depuis « greffé » un mini pied directement sur mon appareil sténopé à pellicule. C’est plus simple à transporter, que l’attirail reflex/sténopé/gros trépied.

L.D. : Au cours de séances en extérieur, quelle est la réaction des passants ?
F-X.H. : Certains posent des questions. Ils sont toujours étonnés lorsque je leur dis qu’une photo peut prendre parfois plusieurs minutes. D’autres connaissent la technique ou sont complètement indifférents.

L.D. : De quels artistes appréciez-vous particulièrement le travail ?
F-X.H. : Je n’ai pas spécialement d’artiste favori, cependant, j’aime beaucoup la démarche photographique de JR. Ses collages géants sont fantastiques. Sinon question sténopé, il y a une quantité de belles photos sur les comptes FlickR.

L.D. : Quels sont vos sujets de prédilection en sténopé ?
F-X.H. : J’aime bien les contrastes entre sujets en mouvement et sujets immobiles.
Les paysages aussi. Les résultats sont parfois irréels.

L.D. : Quelles sont les photos dont vous êtes le plus fier ?
F-X.H. : Le hamac en premier ! J’aime aussi le manège, la terrasse du café des Arts d’Annecy et plus récemment la statue car j’ai obtenu l’exposition que je voulais.

François-Xavier Huat : Le hamac
Le hamac (François-Xavier Huat)

L.D. : J'aime beaucoup la photo prise depuis un hamac également !
Pouvez-vous nous en dire plus sur les conditions de la prise de vue ?
F-X.H. : Le hamac fut une bonne surprise car, initialement, ce n’était pas gagné.
J’ai coincé le trepied du sténopé à travers les cordages du hamac, fixé un contrepoids pour que l’appareil se balance au rythme du hamac puis... 30 secondes de pose, les doigts croisés.

L.D. : Avez-vous déjà exposé votre travail ? Si oui, pouvez-vous nous raconter ? 
F-X.H. : J’ai déjà exposé mes photos, mais pas mon travail au sténopé car je n’ai pas non plus assez de photos satisfaisantes. C’était lors d’un festival de voyage "Les premiers pas de l’aventure" à Albertville : on exposait nos photos sur le thème "L’Islande en 2cv". Une super expérience, très riche en rencontres. Pour participer, j’avais postulé sur le site du festival. Cette expo a été reconduite plusieurs fois mais on est davantage dans un registre de témoignage qu’artistique. Si c’est possible un jour, j’aimerais bien reconduire ce genre d’expérience en y mêlant photos au sténopé et photos numériques.

L.D. : Vous partagez votre passion à travers un blog.
Quelle place occupe ce blog dans votre démarche ? Que vous apporte t-il ?

F-X.H. : À la base, c’est un blog d’information destiné plutôt au cercle familial et aux amis. Puis c’est devenu un support qui me force à proposer de nouvelles photos à un rythme presque régulier. N’étant pas un guerrier de la photo, ça ne peut pas me faire de mal de bosser continuellement mon cadrage, l’exposition, la lumière, les ambiances… et de tenter de m’améliorer quelque soit la technologie utilisée.

François-Xavier Huat : le manège
Manège sur le Paquier-Annecy (François-Xavier Huat)

L.D. : Quels conseils donneriez-vous à un apprenti sténopiste ?
F-X.H. : De ne pas hésiter à fabriquer son boîtier lui-même. Avec un peu de colle à bois, du scotch noir et quelques pièces de recup, on arrive facilement à construire un bel appareil. Ensuite de se fier à son propre feeling. La photo au sténopé comporte un bonne part de hasard… Et malgré tout, les pellicules sont assez tolérantes aux erreurs d’expositions.

 

Propos recueillis par e-mail en mars 2009.

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5 commentaire(s)

  • blondin31

    lun 30 mar 2009 10:26

    salut
    j'adore la photo de cette vierge avec ce ciel menassant .

  • Julien

    jeu 26 mar 2009 00:12

    Un blog intéressant sur le sténopé, merci pour la promenade.

  • alx mailto

    mar 24 mar 2009 16:05

    je suis aussi stenopiste sur Marseille, j adore le hammac
    alxstenope

  • Alexis

    jeu 19 mar 2009 15:11

    Encore un entretien intéressant, riche en détails techniques. Et les photos sont effectivement très réussies.

  • Willène

    jeu 19 mar 2009 14:08

    Bel entretien, Francois-Xavier Huat nous livre beaucoup de choses, très techniques.
    Hop, je vais aller découvrir son espace FlickR, mais les images qui jalonnent cet article sont très prometteuses !

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