J'ai découvert le travail de François-Xavier Huat à travers son
blog FX
und Aurelich et son espace
FlickR consacrés à son travail photographique et
notamment à ses sténopés parmi lesquelles figurent de
beaux bijoux !
Je n'ai donc pas résisté à l'envie de lui poser quelques questions,
pas mal de questions même !

La statue (François-Xavier
Huat)
Laurent Diaz : Et si vous vous présentiez en quelques
lignes pour commencer ?
Francois-Xavier Huat : Et bien, je m’appelle Francois-Xavier
Huat. Je suis un sténopiste du dimanche qui habite en région
annécienne.
L.D. : Comment avez-vous découvert le sténopé
?
F-X.H. : Je ne me souviens plus exactement comment j’ai
découvert le sténopé mais ça fait 4 ans que je m’intéresse à
la pratique. J’ai décidé de me lancer en décembre
2007 après avoir rencontré un sténopiste à une expo. Il
m’a rassuré sur la facilité du développement « en salle de
bain » du papier photosensible.
L.D. : Qu'appréciez-vous dans cette technique
?
F-X.H. : Prendre son temps. Le fait que l’on soit à
l’opposé de l’instantané électronique, le plaisir de
réaliser des photos avec une simple boîte en bois et un trou dans
une plaque en alu. Et puis même si on peut avoir une bonne idée du
résultat, à force de pratique, le développement est toujours une
surprise.
L.D. : Quelles autres techniques photo utilisez-vous
?
F-X.H. : J’avoue, j’ai quand même un
reflex numérique,
ainsi qu’un Holga
6x6.
Concernant le reflex, ce que
j'apprécie, paradoxalement, c’est l’instantanéité
et surtout son coté polyvalent : c’est tout de même plus
pratique pour la photo animalière, par exemple !
De son côté, le Holga est un appareil tout en
plastique, du boîtier à la lentille de l’objectif. Il
est peu lumineux et pas forcement bien étanche à la lumière. Les
photos obtenues sont souvent bien saturées au niveau des couleurs.
On croirait voir des images issues des années 80, du moins, ça me
fait penser au rendu des photos que je pouvais faire quand
j’étais gamin.
En termes d’utilisation, le sténopé et le Holga présentent le
même degré de technologie (avancement du film manuel, possibilité
de multi-expositions, caractère « bricolable »). La différence est
que le Holga me permet de prendre un sujet avec une
relative netteté ce que ne me permet pas facilement le sténopé, et
on est davantage dans un registre « instantanée ».
J’aimerais bien m’offrir un jour un appareil du type
Rolleiflex 3.5 ou
Mamiya
C330. Ce sont deux
appareils argentiques moyen format qui on été pas mal utilisés dans
les années 70. Ce sont des appareils bi-objectifs : la visée
se fait à travers un verre dépoli [qui est translucide et
laisse passer la lumière]. Ce qui me plaît, c’est que
l’on reste toujours dans le l’idée de prendre son temps
pour faire la photo. La différence par rapport à du sténopé
maison c’est que la qualité de l’image est
excellente.
L.D. : Pouvez-vous nous présenter les appareils que vous
utilisez pour le sténopé ?
F-X.H. : J’ai deux sténopés fonctionnels : le premier que
j’ai construit est une boîte en bois qui fonctionne avec du
papier photo. J’utilise du papier au format 10x15.
Le deuxième, je l’ai construit pour le besoin d’un
voyage. Il fonctionne donc avec une pellicule moyen format.
C’est plus pratique à stocker qu’une pile de papier
photo. Je l’ai amélioré au fil du temps.

Les appareils sténopés de François-Xavier
Huat.
De G. à Dr. : le sténopé papier, l'appareil actuel sur son
trépied, les deux appareils en cours
d'élaboration.
L.D. : Vous fabriquez en ce moment un
nouvel appareil.
En quoi est-il différent ?
F-X.H. :
J’en ai même fabriqué deux nouveaux ! Celui dont vous
parlez est un stenopé qui devrait me donner des images au format
6x12, je dis "devrait" parce que pour le moment, je n’ai pas
le format escompté. J’ai plusieurs problèmes,
notamment, je n’arrive pas à couvrir mon format.
L.D. : Savez-vous d'où ce problème provient
?
F-X.H. : Pour cet appareil, j’ai utilisé une
autre technique pour obtenir le trou : le moyen le plus
classique qui soit : une tôle fine d’alu que je perce avec
une aiguille. Je ponce ensuite la bavure. Je m'arrange pour que le
trou soit le plus petit et le plus rond possible sans
calculer le rapport entre le diamètre du trou et la distance entre
le trou et le papier. J’arrive à obtenir des trous de 0,16mm
avec cette méthode mais la tôle ne doit pas être suffisamment
fine car j’ai un fort vignetage sur mes photos.
L'autre méthode que j'utilise pour réaliser le trou demande
du matériel plus spécifique mais l’image obtenue couvre
largement mon négatif : le trou final est toujours réalisé
avec une aiguille sauf que je prépare ma plaque d’alu au
préalable pour n’avoir que 0,1mm de matière à percer avec mon
aiguille. Pour réduire l’épaisseur de ma plaque,
j’utilise un tour d’usinage. Je réalise au centre de ma
plaque (qui à ce stade est une barre cylindrique de 25mm de
diamètre) un cône avec un foret de 4,5mm de diamètre sur 0,9mm de
profondeur. Je tronçonne ensuite, dans ma barre, une tranche
d’1mm d’épaisseur. J’obtiens un disque de 25mm de
diamètre et de 1mm d’épaisseur sauf au centre où se
trouve une dépression en forme de cône et donc une
épaisseur de 0,1mm que je perce à l’aiguille.
L.D. : Comment vous-y prenez-vous pour fabriquer vos
nouveaux appareils ?
F-X.H. : Le premier appareil (le 6x12), je l’ai fabriqué
à partir d’une vieille boîte de pied à coulisse. Le bois
manque un peu d’épaisseur et j’ai des infiltrations de
lumière. De plus la distance film/sténopé n’est peut-être pas
assez importante pour couvrir un format 6x12, pourtant
d’après mes essais avec un verre dépoli, ça devrait
fonctionner.
Le deuxième appareil en construction, est un 6x6 dans une
boîte de comparateur.
Un comparateur est un appareil de mesure utilisé couramment en
production industrielle. Il permet de mesurer de très petits
déplacements ou de vérifier l’exactitude d’une côte sur
une pièce. Les vieux comparateurs analogiques étaient livrés dans
des boîtes en bois. Je me suis dit que ça pourrait faire un sténopé
sympa !
Pour cet appareil, j’ai pour objectif de le piloter
à distance pour tenter des prises de vue plus acrobatiques. Je
ferai cette transformation quand il fonctionnera
parfaitement.

Lyon (François-Xavier
Huat)
L.D. : Comment comptez-vous piloter cet appareil à distance
?
F-X.H. : L’idée que j’ai en tête, c’est
d’utiliser un servomoteur de modélisme et une télécommande. Le servo
piloterait l’ouverture du cache. J’ai envie
d’essayer de réaliser quelques photos depuis des endroits pas
spécialement accessibles à la main (fourche d’un vélo en
roulant par exemple). Pour la construction, je réalise les plans
avec un logiciel de CAO puis je fabrique les pièces nécessaires :
axes, cloisons, molette, obturateur et sténopé.
L.D. : Qu'est-ce qu'un logiciel de
CAO ?
F-X.H. : CAO veut dire Conception Assistée
par Ordinateur : en gros, un logiciel pour dessiner des pièces
(n’importe quel objet existant ou non) en 3D. Disons que ce
type de logiciel est à la base de « presque » tous objets
industrialisés existant autour de nous. C'est très utile pour
reconditionner une boite quelconque en appareil photo.

La conception 3D de l'appareil sténopé
de François-Xavier Huat sur Pro/ENGINEER
Le logiciel que j’utilise s’appelle Pro/ENGINEER. Il s'agit d'un outil
professionnel avec lequel j’ai l'occasion de
dessiner mes sténopés car c’est mon outil quotidien. Ce
n’est pas un logiciel gratuit, mais il doit exister des
logiciels de ce type en open source. Ils doivent être largement
suffisants pour dessiner un boîtier. Sinon du papier, une règle et
un crayon ça marche bien aussi !
L.D. : Quel(s) support(s) sensible(s) utilisez-vous et
pourquoi ?
F-X.H. : Principalement de la pellicule noir et blanc Ilford FP4 125 ainsi que de la Fuji Pro 160C. J’ai essayé de la
Fuji Reala mais les couleurs ne sont pas
terribles. J’utilise ces pellicules car ce sont les
seules que je trouve sur Annecy en fait. J’utilise moins mon
sténopé avec le papier photo car je ne peux plus faire de chambre
noire correcte dans mon nouvel appart.
L.D. : Lors d'une séance photo, comment évaluez-vous le
temps de pose nécessaire ?
F-X.H. : N’ayant toujours pas de cellule à main, je mesure ma
lumière avec mon reflex à f22. Je fais trois mesures : le
ciel, mon sujet et la zone la plus sombre. De ces trois mesures,
j’en déduis un temps de pose grâce à une table de conversion,
obtenue avec le logiciel PinholeDesigner. Ensuite, je module le temps de pose
au feeling.

Café des Arts, Annecy (François-Xavier
Huat)
L.D. : Comment vous-y prenez-vous pour positionner votre
appareil ? Faites-vous l'usage d'un trépied ?
F-X.H.
: Au début, je le posais à même le sol, ou sur le trépied du
reflex. J’ai depuis « greffé » un mini pied directement sur
mon appareil sténopé à pellicule. C’est plus simple à
transporter, que l’attirail reflex/sténopé/gros
trépied.
L.D. : Au cours de séances en extérieur, quelle est la
réaction des passants ?
F-X.H. : Certains posent des questions. Ils sont toujours étonnés
lorsque je leur dis qu’une photo peut prendre parfois
plusieurs minutes. D’autres connaissent la technique
ou sont complètement indifférents.
L.D. : De quels artistes appréciez-vous particulièrement le
travail ?
F-X.H. : Je n’ai pas spécialement d’artiste favori,
cependant, j’aime beaucoup la démarche photographique
de JR. Ses collages géants sont fantastiques. Sinon question
sténopé, il y a une quantité de belles photos sur les comptes
FlickR.
L.D. : Quels sont vos sujets
de prédilection en sténopé ?
F-X.H. : J’aime bien les contrastes entre sujets en mouvement
et sujets immobiles.
Les paysages aussi. Les résultats sont parfois irréels.
L.D. : Quelles sont les photos dont vous êtes le plus fier
?
F-X.H. : Le hamac en premier ! J’aime aussi le manège, la
terrasse du café des Arts d’Annecy et plus récemment la
statue car j’ai obtenu l’exposition que je
voulais.

Le hamac (François-Xavier
Huat)
L.D. : J'aime beaucoup la photo prise depuis un hamac
également !
Pouvez-vous nous en dire plus sur les conditions de la
prise de vue ?
F-X.H. : Le hamac fut une bonne surprise car, initialement, ce
n’était pas gagné.
J’ai coincé le trepied du sténopé à travers les cordages du
hamac, fixé un contrepoids pour que l’appareil se balance au
rythme du hamac puis... 30 secondes de pose, les doigts
croisés.
L.D. : Avez-vous déjà exposé votre travail ? Si oui,
pouvez-vous nous raconter ?
F-X.H. : J’ai déjà exposé mes photos, mais pas mon travail au
sténopé car je n’ai pas non plus assez de photos
satisfaisantes. C’était lors d’un festival de voyage
"Les premiers pas de l’aventure" à
Albertville : on exposait nos photos sur le thème
"L’Islande en 2cv". Une super expérience, très riche en
rencontres. Pour participer, j’avais postulé sur le site
du festival. Cette expo a été reconduite plusieurs fois
mais on est davantage dans un registre de
témoignage qu’artistique. Si c’est possible un
jour, j’aimerais bien reconduire ce genre d’expérience
en y mêlant photos au sténopé et photos numériques.
L.D. : Vous partagez votre passion à travers un blog.
Quelle place occupe ce blog dans votre démarche ? Que vous apporte
t-il ?
F-X.H. : À la base, c’est un blog d’information destiné
plutôt au cercle familial et aux amis. Puis c’est devenu un
support qui me force à proposer de nouvelles photos à un rythme
presque régulier. N’étant pas un guerrier de la photo, ça ne
peut pas me faire de mal de bosser continuellement mon
cadrage, l’exposition, la lumière, les ambiances… et
de tenter de m’améliorer quelque soit la technologie
utilisée.

Manège sur le Paquier-Annecy
(François-Xavier Huat)
L.D. : Quels conseils donneriez-vous à un apprenti
sténopiste ?
F-X.H. : De ne pas hésiter à fabriquer son boîtier lui-même.
Avec un peu de colle à bois, du scotch noir
et quelques pièces de recup, on arrive facilement à
construire un bel appareil. Ensuite de se fier à son propre
feeling. La photo au sténopé comporte un bonne part de
hasard… Et malgré tout, les pellicules sont assez tolérantes
aux erreurs d’expositions.
Propos recueillis par e-mail en mars 2009.






blondin31
lun 30 mar 2009 10:26