Accueil Date de création : 10/09/08 Dernière mise à jour : 29/01/12 23:29 / 154 articles publiés

Entretien avec le photographe Damien Gosset  (Interviews) posté le vendredi 05 juin 2009 00:49

interview sténopé

J'ai découvert le travail de Damien Gosset il y a quelques mois déjà.
J'avais été impressionné par son expérience photo et la variété des techniques utilisées. La consultation de son portfolio en ligne m'avait donné envie d'en savoir plus.

C'est avec beaucoup d'énergie et de sympathie que ce photographe de talent a accepté de répondre à mes nombreuses questions. Cet échange m'a d'ailleurs donné à réfléchir sur ma propre approche de la photo.


Sténopé : Autoportrait de Damien Gosset
Self (Gakken Stereo Pinhole Camera), Damien Gosset

Laurent Diaz : Nous ne sommes pas dans un entretien d'embauche mais... que peux-tu nous dire sur toi en quelques phrases ?
Damien Gosset : Je m'appelle Damien, j'ai 27 ans et je vis actuellement à Paris. Diplômé des Gobelins en 2004, je suis webdesigner et webdéveloppeur de formation. J'ai travaillé pendant 5 ans pour une agence qui vendait des photos et qui a mis la clé sous la porte en décembre 2008 après plus de 15 années d'existence. Je suis donc actuellement en train de monter une boîte et de créer un logiciel de gestion de photos.

Concernant la photo, j'en fais par passion depuis maintenant 4-5 ans lorsque j'ai récupéré le matos de mon papa, un Canon A1 et son sympathique 50mm. Depuis, je fais également beaucoup de Holga, un peu de Polaroid et de sténopé.


L.D. : Tu n'as que 27 ans et tu as déjà essayé nombre de techniques photos et moyens d'expression, tu as voyagé à travers le monde, tu exposes, tu publies... Comment parviens-tu à trouver le temps de t'investir autant artistiquement sachant que la photo n'est pas ton métier ?
D. G. : Concernant les voyages, tant que j'étais salarié, je me servais de mes 5 semaines annuelles de congés payés... On va squatter chez des gens qu'on a hébergés, par exemple, des "zicos" en tournée (ma copine étant dans une asso qui organisait des concerts de Punk à Paris, donc c'est plutôt tranquille).

Les voyages me permettent de ramener des clichés qui semblent intéressants à mon oeil de parisien. J'ai du mal à photographier la ville dans laquelle j'habite, alors qu'il y a pourtant plein de bons spots. C'est pourquoi dès qu'une occaze se présente et que je peux partir d'ici, j'emmène mon appareil avec moi !

Pour les expos, la plupart de celles que j'ai faites étaient suite à des appels à participation, auxquels j'ai répondu en envoyant des dossiers. Mes photos ont retenu l'attention du jury dans quelques cas, ce qui m'a permis d'exposer certaines photos.

Quant aux techniques photo, j'ai toujours voulu essayer de comprendre le pourquoi du comment. Donc quand un truc m'intéresse comme la photo, j'essaye d'en comprendre les rouages. Le sténopé, c'est la base de la photo, donc forcément, j'ai eu envie de me fabriquer moi-même un de ces appareils.

En parallèle j'ai aussi monté un label de Thrash et de Hardcore, sur lequel j'ai pour l'instant sorti deux vinyles 7", notamment pour un groupe japonais.

Tout ça m'a été permis par le travail à temps partiel (jusqu'à décembre 2008, je bossais 3 jours par semaine) ce qui m'a laissé assez de temps pour faire des trucs qui me tenaient à cœur.


L.D. : Tu exposes en ce moment la série ElectriCity au "Mois de l'Image" de Dieppe. Peux-tu nous dire un mot sur cette exposition ?

Série ElectriCity : Damien Gosset
Série ElectriCity (Séoul), Damien Gosset


D. G. : C'est une expo annuelle qui est désormais biennale. Elle est organisée par la Maison des Jeunes et de la Culture de Dieppe.

Le thème de cette année (il s'agit de la 19ème édition) est "Mythologies". C'est un parcours photographique dans 9 lieux de la ville de Dieppe. Pour ma part, j'expose avec 4 autres photographes dans la Villa Perrotte, une magnifique bâtisse Art Déco située en plein cœur de la ville.

C'est Christophe Frot, un ami photographe avec lequel j'avais déjà exposé à la Biennale Internationale de l'Image de Nancy, qui m'a poussé à postuler à cet appel à participation. Peu après avoir monté le dossier, j'ai reçu la confirmation de ma participation, pour exposer une partie de la série ElectriCity. La série a quelque peu été amputée pour l'exposition, je n'y ai donc présenté que 4 photos.

L'expo court jusqu'au 11 juin 2009, donc si vous passez dans le coin, vous pouvez aller y jeter un oeil !

Villa Perrotte
9 rue Jules Ferry
76200 Dieppe

Tél. : 02 35 86 94 18

Horaires d'ouverture :
Jeudi /Vendredi /Samedi (14h-19h)
Dimanche (15h-18h)

 
L.D. : Comment t'y prends-tu pour trouver des lieux d'exposition ?
D. G. : Je ne trouve pas de lieux. Ce ne sont pas des expos persos pour lesquelles j'ai démarché. Ce sont des expositions collectives. La plupart ont été dégotées sur des forums de discussion sur Internet et également via le bouche à oreille entre amis.

"Christophe Frot au volant" par Damien Gosset
Christophe Frot au volant (Gakken Stereo Pinhole Camera), Damien Gosset


L.D. : Peux-tu nous en dire plus sur la parution d'un de tes clichés dans le gratuit À Nous Paris de novembre 2008 ?
D. G. : C'est un article paru lors du Mois de la Photo à Paris. L'article parle notamment du sténopé et de son fonctionnement. L'auteur de cet article avait eu vent de ce que je faisais, via une connaissance commune. Ça m'a donc permis d'y expliquer comment faire un sténopé avec une boîte à thé et d'y présenter une photo : un Holgarama !


L.D. : Qu'est-ce qui t'inspire ?
D. G. : Je dirais que je suis principalement attiré par les photos de villes, d'architecture, de rues... Comme je disais un peu avant, je suis plus motivé pour prendre des photos hors de Paris. Les 3/4 du temps quand je pars en voyage, c'est pour aller dans des villes encore plus grosses que la mienne. J'aime beaucoup la vie dans les villes, les différentes vies de quartier que l'on peut trouver ici et là, les détails urbains, le travail de l'homme tantôt magnifique, tantôt déroutant...


L.D. : Sur ton site, tu présentes une belle et sensible série de portraits. Raconte nous-en un peu les coulisses...

Portraits Noir et Blanc par Damien Gosset
Portraits en Noir et Blanc, Damien Gosset

D. G. : Pour la grande majorité de ces photos, ce sont des portraits d'amis accumulés au cours des années, des sorties dans des bistrots, des heures dans la rue à zoner, des soirées de concerts... Rien n'est mis en scène. Sauf évidemment les quelques autoportraits que vous pouvez y voir...


L.D. : De quels artistes apprécies-tu particulièrement le travail ?
D. G. : J'aime beaucoup le travail de Boogie, Raymond Depardon, Abelardo Morell, Mike Brodie, Mathieu Farcy, Narek Voskanian... en fait pas mal de photographes divers et variés.


L.D. : Peux-tu nous dire un mot sur les nombreuses techniques photos que tu exploites ? Quelle est la place du sténopé parmi ces techniques ?
D. G. : J'ai testé quelques techniques, comme le sténopé, la trichromie (qui permet d'obtenir des photos couleur à partir de 3 négatifs N&B), la bichromie (pareil, mais avec 2 négatifs) et bien évidemment le développement maison qui devient un passage obligatoire à partir du moment où on utilise beaucoup de films.

J'aime particulièrement le sténopé et la trichromie pour le résultat que ces techniques procurent. Elles renvoient une vision du réel qu'on ne peut obtenir directement avec l'oeil humain.

Je ne vois pas trop quelles faiblesses peut avoir un sténopé...

Effectivement, il faut faire une pose longue, donc laissez tomber si vous envisagiez de photographier les 24 Heures du Mans avec... quoique ça pourrait être un concept.

Effectivement, il n'y a pas de cellule intégrée. Mais on peut trouver des cellules à main pour trois fois rien en brocante. Au pire même sans cellule, la pellicule ça encaisse grave, ça laisse quand même une bonne marge d'erreur.

Concernant ses forces, le sténopé permet des images d'une netteté incroyable pour peu que votre trou soit bien fait, un vignettage assez charmant et comme je le disais juste avant, le sténopé permet d'immortaliser une période sur un seul cliché, ce que nous ne pouvons à la base pas percevoir.


L.D. : A quelle occasion as-tu découvert le sténopé ?
D. G. : J'ai découvert le sténopé via h0lg4.org , un forum français dédié aux appareils en plastoc, au vieux matos et aux projets DIY (pour "Do It Yourself"). C'est une mine d'infos pour toute personne un tant soit peu intéressée par le fonctionnement des appareils et par les techniques de développement. Je fréquentais ce forum pour d'autres techniques lorsque j'y ai découvert le sténopé.


L.D. : Tu possèdes un certain nombre d'appareils sténopé. Peux-tu nous les présenter ?
D. G. : J'en ai quelques-uns, effectivement. J'ai commencé avec un sténopé construit dans une boîte de thé Twinings dans laquelle j'ai monté un chassis 6x9 provenant d'un cadavre d'une Box Kodak Brownie.

J'ai également un sténopé construit à partir d'un appareil de radiographie que Christophe Frot (l'ami photographe que j'ai évoqué plus haut) m'a donné, sur lequel est monté un dos Polaroid Type 100 (ci-dessous un exemple de cliché pris avec cet appareil).

PinholeDay 2008 : Damien Gosset
From my window (PinholeDay 2008), Damien Gosset


Un autre, le Gakken Stereo Pinhole Camera, obtenu dans un magazine Japonais Gakken, tout en plastoc, qu'il fallait monter soi-même. Ça prend du film 135 et ça fait, au choix, soit une vue panoramique 72x24, soit 2 vues stéréo procurant un effet 3D avec n'importe quel visionneuse stéréo (une était d'ailleurs fournie avec).

Un tout dernier, fait en PVC expansé, que je n'ai toujours pas pris le temps de tester.

> Consulter la rubrique "Bricolages" du site web de Damien Gosset.


L.D. : Quel(s) support(s) sensible(s) utilises-tu et pourquoi ?
D. G. : J'utilise du film (135 ou 120), assez lent (100 iso max) pour garantir une pose assez longue, et du film Polaroid (664, 665, 669, 690... 100 iso max encore une fois). Je n'ai jamais construit ou utilisé de sténopé nécessitant du papier ou d'autres supports, je ne peux donc rien dire là-dessus.


L.D. : Lors d'une séance photo au sténopé, comment évalues-tu le temps de pose nécessaire ?
D. G. : Soit au nez, soit avec une cellule, suivant si j'en ai une dans mon sac ou non. J'ai depuis peu une cellule en papier, toujours présente dans mon portefeuille, c'est assez fiable. Toujours plus que mon nez en tout cas... ;-)


L.D. : Parmi tes sténopés, j'ai remarqué un cliché pris dans les transports en commun. Comment as-tu réussi cette photo ? Je te pose cette question car ma tentative dans un tramway a été un échec total ! ;)

Sténopé : "Nancy by bus" par Damien Gosset
Nancy by bus, Damien Gosset


D. G. : Ah ah ! C'était lors de la Biennale de Nancy. J'avais posé mon Gakken Stereo sur la machine qui oblitère les tickets, à l'arrière du bus. Ni le Gakken ni moi-même n'étions très stables, d'où ce gros flou de bougé. Je me suis servi d'une cellule Leningrad Six, qui m'a indiqué 4 secondes environ. Pour ta tentative dans le tram, réessaye avec une cellule, ça devrait bien se passer !


L.D. : Lors de la prise de vue, comment t'y prends-tu pour positionner ton appareil ? Fais-tu l'usage d'un trépied ?
D. G. : A part le Gakken, je n'ai aucun sténopé muni d'un pas de vis car j'ai jamais pris la peine d'en rajouter un... Donc, les 3/4 du temps je me sers de ce que j'ai sous la main, comme la machine à valider du bus, un bouquin ouvert et posé verticalement au sol, une canette de bière trouvée par terre, un balcon, un banc...


L.D. : Au cours de séances en extérieur, quelle est la réaction des passants ?
D. G. : J'ai déjà eu quelques remarques. La plus dingue était celle de flics, qui, après m'avoir fouillé, avaient trouvé dans mon sac mon sténopé Twinings et mon Polaroid SX-70. Un d'eux a voulu enlever le gaffer qui entourait ma boîte de thé : je me suis précipité pour lui expliquer que non, fallait pas l'ouvrir, blablabla, c'était un appareil photo, blablabla... Du coup, on m'a questionné pour savoir si les deux appareils n'étaient pas des appareils d'espion. Ils étaient persuadés que j'étais une sorte d'espion paparazzi terroriste qui photographiait les gens à leur insu. Après une dizaine de minutes d'explications qui leur semblaient incompréhensibles, ils ont cru en ma bonne foi et ont bien voulu me rendre mon matos sans ouvrir quoi que ce soit.


Polaroids gribouillés par Damien Gosset
Polaroids gribouillés, Damien Gosset


L.D. : Réalises-tu tes tirages toi-même ?
D. G. : Mes développements N&B, oui. Je fais ça dans ma salle de bain. Mais les tirages, non. Je n'ai pas encore la place pour, mais qui sait, un jour peut-être !


L.D. : Quelles sont les photos dont tu es le plus fier ?
D. G. : Ma première photo au sténopé évidemment. Mais je ne vous la montrerai pas ! ;-) Et dans mes photos en général, je suis assez content d'une série intitulée EmptyCity, que j'ai faite à Berlin avec un Yashica T4.

Série EmptyCity : Damien Gosset
Série EmptyCity, Damien Gosset


L.D. : Quels conseils donnerais-tu à un apprenti sténopiste ?
D. G. : N'hésite pas à te fabriquer ton appareil. On est en 2009 et tant qu'Internet n'a pas encore été bridé par notre gouvernement, on a accès à tout un tas d'informations, d'expérimentations, d'idées, etc.

Mais pour faire simple et commencer, perce ton trou dans une cannette avec une aiguille, fais-le petit, colle-le sur une boîte étanche à la lumière, et va prendre des photos !

Si ça foire ou que tu veux le rendre plus précis, mesure-le grâce à un scanner et à Photoshop, par exemple, qui te permet de zoomer à fond sur le trou pour avoir son diamètre exact et essaye de réajuster ton trou !

Sinon, tu peux toujours te procurer un sténopé dans le commerce mais l'expérience de création est assez intéressante pour tout passionné de photo.

 

Propos recueillis par e-mail en mai 2009.

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4 commentaire(s)

  • LePox

    ven 03 déc 2010 16:32

    Entretien très intéressant.

  • Laurent

    dim 07 jun 2009 00:03

    Merci tomtom pour ton commentaire !

    J'étais sûr que tu apprécierais le travail de Damien Gosset. J'aurais bien vu ses polaroids gribouillés sur ton blog ! ;)


    Alexis,

    Merci d'être toujours fidèle à mon journal ! ;)

    Concernant la cellule papier, je l'ai découverte grâce à Damien via cette interview ! Si elle peut me faire économiser le prix d'un posemètre, je suis preneur !

    Par contre, je ne sais pas trop comment on est supposé s'en servir. J'ai l'impression qu'il y a des indications de temps de pose en fonction de la météo. Il faut que j'étudie ça de près !

  • Alexis

    sam 06 jun 2009 11:25

    Encore une interview complète et bien illustrée.
    Et encore pas mal de technique et bricolage.

    D'ailleurs, peux-tu nous expliquer le fonctionnement de cette cellule en papier ?

    ++

  • tomtom

    ven 05 jun 2009 11:06

    merci Laurent pour cet interview

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