Le 3 novembre dernier, je recevais un
e-mail d'une certaine Sylvie, lectrice de mon blog depuis plusieurs
mois : elle me proposait alors de participer durant
une semaine à une résidence d'artistes à l'occasion de la
3ème édition du Festival d'art contemporain de
Saint-Florent sur Auzonnet, dans le Gard.
Après de nombreux échanges (on n'est jamais trop informé ni trop
prudent !), j'ai fini par accepter. Et je ne regrette
pas !
Je suis revenu il y a quelques jours, ravi, avec des souvenirs
plein la tête !
Je vais, bien évidemment, m'employer à faire le récit de cette
aventure palpitante en mots et en images ! ^^
Présentation de la
manifestation
Le Festival d'art
contemporain de Saint-Florent sur Auzonnet est organisé par l'ACAC
(Association Culture Art Contemporain) et se déroule avec le
concours de 3 catégories d'artistes :
- Les artistes dits "IN" : artistes en résidence,
pris en charge par l'association (gîtes, repas, matériel). Je vais
en reparler plus en détail car je faisais partie de ce
groupe ! ^^
- Les artistes dits "OFF" : artistes invités à
exposer mais qui ne participent pas à la résidence.
- Les artistes "d'ICI" : artistes résidant à
Saint-Florent ou à proximité.
Le Festival, qui a eu lieu du 24 au 29 juillet 2011, s'est ouvert
avec le vernissage de l'exposition de ces différents artistes (24
au total), de toutes disciplines (peinture, sculpture,
photographie, objet, vidéo et même "lutherie
sauvage !").
En tant qu'artistes "IN", nous étions invités à exposer des
créations que nous avions amenées avec nous mais surtout à
présenter nos travaux réalisés durant notre séjour à l'occasion du
finissage marquant la clôture du festival.
Entre les deux accrochages, tout un programme de festivités
auquel nous étions conviés a rythmé la semaine : conférence
sur la peinture murale, spectacles de danse, concerts, apéritifs,
dîners...

L'Auzonnet
Depuis la première édition en 2009, ce festival s'emploie à rendre
accessible au public l'art contemporain de la manière la plus
vivante possible : en permettant au public de rencontrer les
artistes. Nous étions donc à la disposition du public chaque
après-midi dans nos ateliers respectifs.
A l'issue de la semaine, nous avons cédé un ou plusieurs de nos
travaux à l'association organisatrice de l'événement. Les
œuvres collectées depuis la première édition sont exposées
dans l'ancien presbytère du village et amenées à circuler dans
différents lieux d'exposition dans le cadre de prêts d'œuvres
d'art négociés entre les communes.
Un accueil
inimaginable
Dès notre arrivée à
Saint-Florent sur Auzonnet, nous avons été accueillis comme des
rois. Pas de doute : nous étions attendus. Les organisateurs
sont absolument étonnants : ils disposent de peu de moyens
pour organiser ce festival mais sont animés par une énergie et par
une volonté qui semblent inépuisables.
J'ai également été marqué par leur enthousiasme ainsi que celui des
habitants du village dont certains sont de véritables personnages,
attachants et au parcours atypique. Un enthousiasme doublé d'une
volonté de rendre service en permanence.
Durant mon séjour, j'ai tenté de détecter le moindre signe de
fatigue ou de lassitude du côté des organisateurs. En vain
:
- Rien à signaler du côté de la présidente de l'ACAC.
- Rien non plus du côté de Sylvie laquelle cumulait tant de
casquettes qu'il m'est impossible de lui donner un titre (ce n'est
pas faute de lui avoir demandé !). Elle courait dans tous les sens
sans jamais perdre patience tout en restant disponible.
- Pas de signe de fatigue non plus du côté de Jean-Pierre,
trésorier de l'association organisatrice, toujours aux petits soins
et ce, même à 8h du matin !

La commune de Saint-Florent sur Auzonnet est marqué
par son passé minier.
Ci-dessus : un wagon jadis utilisé dans les mines
inondées depuis des décennies.
Les ateliers
Pour travailler,
l'ACAC a mis à notre disposition un lieu tout à fait
étonnant : une école primaire désaffectée (fermée en 2004)
dont le réfectoire a été reconverti en salle des fêtes et que j'ai
investi pour une semaine.
Les autres artistes "IN" étaient installés dans des ateliers
plus étonnants encore : les anciennes salles de classe de
l'école. Un lieu un peu "destroy" comme je les aime et totalement
adapté à la création (en tout cas, on n'a pas peur de tâcher !
^^).



Les travaux d'arts plastiques réalisés par des
enfants sont encore accrochés aux murs. Ils nous rappellent que ce
lieu était bel et bien une école !
Les artistes en
résidence
« Ils sont 8, ils viennent des quatre coins de la
France, ils ne se connaissent pas et vont devoir vivre et
travailler ensemble, suivis par une caméra pendant une
semaine ! ».
Voilà comment nous aurions pu tenter de vendre le concept de cette
résidence, façon "télé-réalité".
Il y avait en effet un côté "Koh Lanta" à cette aventure sans Denis
Brogniart, élimination, ni inimitié !
Loin de moi l'idée d'idéaliser cette expérience, mais je suis
obligé d'admettre que j'ai vécu une semaine de partage
enrichissante sur les plans artistique et humain.
Tout s'est passé très vite. Dès les premières heures, le courant
est très bien passé. Pas d'égo surdimensionné ni de condescendance
à déplorer. J'ai senti, au contraire, beaucoup de respect et de
bienveillance. Inutile de préciser que la compagnie d'artistes
réunis autour d'une passion commune était particulièrement
stimulante d'autant plus qu'ils semblaient assumer parfaitement
leur passion, leur démarche, leurs choix de vie.
Nous avons partagé ensemble des moments, des repas et des soirées
comme des amis de 20 ans. Nous avons beaucoup ri, nous nous
sommes soutenus. Il y avait un esprit d'équipe comme je n'en ai
jamais vécu. Une expérience que je ne suis pas prêt
d'oublier !
Il est désormais temps de vous présenter chacun de ces artistes
!
Christina, plasticienne Land
Art
Christina travaille avec le matériel
fourni par Dame Nature (sables, roches, végétaux) mais aussi
beaucoup de colle !
Au cours de son séjour à Saint-Florent, elle a réalisé un mandala
et une "Robe de saison" faite de végétaux trouvés sur place.
Elle occupait seule un grand atelier jonché de fleurs séchées et de
fougères. Le travail à réaliser était si important qu'elle a dû
apporter ses dernières retouches dans la salle d'exposition. Il
faut quand même un sacré recul pour s'investir autant dans un
travail destiné à être détruit. Telle est la destiné des
œuvres du Land Art !
> Site web :
www.bizzartnomade.fr


Mandala réalisé par Christina que le préfet du Gard,
lors de sa visite, a généreusement foulé en pénétrant la salle
d'exposition. Un impair qui fût réparé auprès de l'artiste par un
baise-main en bonne et due forme !








Robe de saison terminée et exposée lors du
finissage.

Détail de la Robe de saison.
Jérôme, peintre et
graphiste
Epoux de
Christina, Jérôme est un être étonnant, singulièrement calme et
bienveillant. Sa seule présence suffisait à apaiser.
Adepte du Chi kung, Jérôme nous a enseigné son art dans un décor de
montagne ! :D Mais n'allez pas croire que Jérôme a passé ses
journées à pratiquer le Chi Kung ! Bien au contraire, il
faisait partie des artistes les plus prolifiques.
Il a réalisé des toiles "sur le motif" de chaque artiste dans son
environnement avec un coup de crayon et de pinceau maîtrisé, dans
un style "carnet de voyage". Un style qui n'est pas le fruit du
hasard puisque Jérôme est l'auteur d'un carnet de voyage réalisé au
cours d'un périple à travers l'Italie, la Grèce, la Turquie, la
Géorgie, l'Azerbaïdjan et la Pologne avec la caravane Babel
Caucase. Ce carnet de voyage a été primé à la Biennale du carnet de
voyage de Clermont-Ferrand.
> Site web :
http://manufacturedromoisedeportrait.blogspot.com

Jérôme dans son atelier, décoré des toiles réalisées
pendant la résidence.

Jérôme croquant Danielle, elle-même concentrée sur
sa peinture.

Jérôme fait des merveilles avec une palette de
couleurs limitée.
Jérôme réalise également des toiles dans un tout
autre style qui me rappelle personnellement Chagall.
Danielle,
peintre
Danielle est pour moi un modèle de
femme : d'une incroyable douceur, fraîche et pétillante. Des
qualités que l'on peut retrouver dans ses toiles abstraites
particulièrement maîtrisées et harmonieuses. Une véritable fête
pour l'œil !
> Site web :
http://atelierpirate.blogspot.com





Toile éxecutée pendant la résidence et exposée au
finissage. Elle est intitulée Les
marches en référence au parcours réalisé par
chacun d'entre nous durant la semaine.
Danielle, c'est aussi la conductrice d'un véhicule 7 places dans
lequel elle nous trimballait volontiers. Ces trajets avaient
un côté "Scoubidou" (sans les fantômes ou presque) assez
mémorable ! 


Djamila,
peintre
Djamila réalise des
toiles toutes en matières réalisées à l'aide de matériaux de
récupération dont il n'est pas évident d'établir l'origine tant ils
sont parfaitement agencés.
Architecte de profession, Djamila nous fait voyager dans une
peinture faite d'espaces enchevêtrés et de morceaux d'édifices plus
ou moins suggérés et fusionnés. Le travail de la couleur demande du
temps. Djamila ne calcule rien à l'avance et peut passer un grand
nombre de couches de peinture avant d'avoir trouvé l'harmonie de
couleurs la plus satisfaisante.
Djamila c'est aussi une femme délicieusement drôle et
sympathique avec laquelle j'ai beaucoup partagé. 
> Site web : www.djamila-belloul.odexpo.com



Ci-dessus, la peinture de Djamila que de nombreux
amateurs voulaient s'arracher.

Peintures réalisées pendant la résidence par
Djamila.
Josselin,
graphiste, peintre et graffeur
Josselin, c'était un peu
la star de cette 3ème édition du Festival d'art
contemporain de Saint-Florent sur Auzonnet : il a été chargé cette
année de réaliser la 3ème fresque de la cité de
l'Aubradou, les deux premières fresques ayant été peintes par les
artistes des deux éditions précédentes du festival.
La première fresque représente le passé minier du village et la
deuxième, le présent autour des nouvelles technologies. Cette
3ème fresque se voulait donc tournée vers l'avenir, vers
un idéal de paix et de solidarité.
Pour travailler, Josselin a dû piloter une nacelle pour couvrir une
surface de 7 mètres sur 7 à la bombe. Plus de 100 bombes de
peinture ont été utilisées pour ce travail réalisé en 4 jours
seulement et non sans quelques difficultés puisque la pluie s'est
invitée un temps (mur mouillé + peinture = coulures).
La fresque a été inaugurée à l'occasion d'une soirée aux accents
espagnols, avec paëlla ou gardianne au dîner, spectacle de danse
sévillane et concert de musique flamenco.
> Site web : http://ersch.fr









L'une des plus belles toiles de la semaine réalisée
par Jérôme devant la fresque de Josselin à la cité de l'Aubradou.
Un beau témoignage.
Gaëlle, peintre et
sculpteur
Dès le début, nous
avons tenté de faire de Gaëlle notre référente, voire notre
"maman". Elle a refusé ce rôle tout net avec cette tendre fermeté
qui la caractérise et qui fait tout son charme ! 
Gaëlle exerce un art qui me fascine tout particulièrement :
la sculpture.
Faire naître de ses mains une œuvre en 3 dimensions est un
petit miracle pour moi !
Un miracle de la vie qui nécessite du travail et même quelques
avortements puisque Gaëlle a dû détruire son œuvre à deux
reprises avant d'accoucher de son projet.
> Site web :
http://gguibourge.free.fr/





A gauche : le dessin préparatoire
de la sculpture (L'orée) réalisée pendant la
résidence.
A droite : la sculpture terminée (avant cuisson)
posée sur son support.

L'orée, vue du ciel.

Détail de L'orée.
Roland, peintre et
sculpteur
Roland était le boute-en-train du groupe, jamais à court de bons
mots, ce qui ne l'a pas empêché de se montrer particulièrement
productif malgré un bras immobilisé !
Plutôt habitué à peindre des personnages tragi-comiques hauts en
couleurs, Roland s'est concentré sur la création d'animaux
anthropomorphiques (taureaux, chats, grenouilles, poissons,
coq...). Roland ne nous a pas fait profiter de son talent de
sculpteur durant la semaine mais son site web nous permet de
rattraper cela. 
> Site web : www.rolandsalti.fr

Peintures de Roland exposées durant la
semaine.

Atelier de Roland présentant une partie des oeuvres
produites durant la résidence.





Quant à moi, j'étais invité en tant
que photographe sténopiste comme on peut s'en douter ! Je vous
raconterai mes péripéties dans un autre article
!

























