En décembre dernier, je vous expliquais comment développer un négatif papier dans le
cadre de la pratique de la photographie au sténopé. Ayant testé ces
dernières semaines mon dernier appareil, un Agfa
Clack sténopé utilisant des pellicules 6x9cm, nous allons nous
intéresser au développement des pellicules dans cet article !
Avertissement : Je
suis loin d'être un photographe expérimenté (bah oui, vous avez vu
le nom du blog ?). Bref, tout ça pour dire que malgré le titre
plein de promesse de cet article, vous n'êtes pas à l'abri d'y lire
des énormités (on ne sait jamais). J'invite donc tous les
photographes expérimentés qui s'étrangleraient devant leur écran à
la lecture de cet article de ne pas hésiter à laisser des
commentaires !
I.
Matériel
- La pellicule à développer (après prise de vue !)
- Cuve & Cie (de la même marque) :
- Cuve pour pellicule
- Spire (généralement vendue avec la cuve)
- Tuyau de rinçage adapté à la cuve (facultatif)
- Produits chimiques :
- Révélateur (pour film)
- Acide acétique
- Fixateur
- Agent mouillant
- Eau déminéralisée
- Eprouvettes et mélangeurs :
- 3 éprouvettes graduées de 600ml de
contenance minimum
- 3 mélangeurs (1 par éprouvette)
- 2 petites éprouvettes graduées (avec une précision de
10ml)
- Le reste...
- Paire de ciseaux
- Décapsuleur (facultatif pour une pellicule
"120")
- Thermomètre
- Minuteur
- Deux pinces de séchage
- Bombe à air comprimé
- Feuillets pour négatifs (correspondant au format de votre
pellicule)
- Chiffon antistatique
II. Mise en place de la pellicule dans la cuve
Le développement d'une
pellicule commence par l'étape la plus délicate : la mise en place
de la pellicule dans la cuve.
Si vous avez déjà fait du développement photo avec le papier comme
support sensible, sachez qu'avec la pellicule, vous pouvez
d'ores et déjà oublier votre lanterne inactinique (vous savez, la
lumière rouge de labo) car vous allez devoir travailler
dans le noir complet pour accomplir cette première
tâche.
Du coup, je vous conseille, avant de vous lancer, de faire le
test avec une pellicule que vous allez sacrifier pour
l'occasion (histoire de ne pas mettre à mort la pellicule
avec laquelle vous avez réalisé les clichés les plus
prometteurs).
1. Organisation
de votre plan de travail (à la lumière)
A la lumière dans un premier
temps, prenez place devant un plan de travail (ou ce qui peut
faire office de plan de travail : dans mon cas, il s'agit de
la cuvette de mes toilettes, donc n'ayez honte de rien !)
: disposez de façon stratégique vos accessoires :
Près de vous :
- la pellicule
- la spire
- une paire de ciseaux
Un peu plus loin et dans cet ordre :
-
le tube de la cuve
- l'anneau de fermeture de la cuve
- la cuve ouverte
- le bloc percé de la cuve (si vous connaissez son nom officiel, je
suis preneur !)
- le couvercle de la cuve
Cela vous permettra de vous repérer dans le noir complet pour
manipuler vos accessoires.
2. Mise en place
de la pellicule dans la cuve (dans le noir
complet)
La pièce dans laquelle vous devez effectuer cette étape doit être
plongée dans une obscurité parfaite. Assurez-vous
que votre labo est parfaitement étanche à la lumière :
fermez les rideaux, les volets, bouchez les
ouvertures par lesquelles la lumière pourrait passer,
développez exclusivement le soir si nécessaire etc.
Saisissez votre pellicule et ouvrez-la à l'aide d'un
décapsuleur en prenant soin de ne pas faire
tomber le film. Pour une pellicule "120", le
décapsuleur n'est pas nécessaire : il suffit de déchirer
le papier couvrant la pellicule.
Déroulez le film. Le support sensible est
recouvert d'un papier : ce même papier qui vous indiquait le
numéro de chaque pose (de 1 à 8 si vous travaillez avec un format
6x9cm comme moi) lors de la prise de vue. Une fois la pellicule
déroulée, détachez le papier qui vous encombre
d'un coup de ciseaux en prenant garde de ne pas couper le film au
passage...
Coupez le reste de papier accroché à la pellicule
(il ne doit pas rester de papier du tout), puis arrondissez
les bords de cette extrémité de pellicule. N'ayez pas peur
en coupant mais n'y allez pas trop franco quand même (il faut que
vous laissiez un peu de bande pour obtenir des photos à la fin de
la séance de développement !).
Ceci fait, équipez-vous de votre spire et posez vos doigts
(parfaitement secs) sur ses zones planes. Vous devez faire
glisser votre pellicule par l'extrémité que vous avez arrondie et
ce dans le sens de sa courbure naturelle. Lorsque la pellicule est
passée à travers la fente (vous devez sentir que la pellicule
est entrée sous les zones planes de la spire), tirez un peu sur le
film puis effectuez des petits mouvements secs de rotation des deux
disques que composent la spire (chacun dans un sens différent) pour
que la totalité du support soit fiché dans la spire.
Effectuez cette action en laissant vos doigts posés en partie sur
le film pour "l'accompagner".
Comme ce dernier paragraphe est un peu dur à avaler, voici
une démonstration vidéo ! C'est sombre et le son est pourri mais
vous comprendrez sûrement mieux !
Cette manipulation sera à reproduire dans le
noir complet !
Désormais, vous pouvez enclencher le tube dans la spire, y apposer
l'anneau de fermeture (voir ci-dessous).

Placez ensuite l'ensemble dans la cuve et refermez-la avec le
bloc percé et le couvercle.
Le plus dur est fait ! Vous pouvez allumer la lumière
!
III.
Développement de la pellicule
Comme pour le papier, le développement consiste à plonger
votre support dans 3 bains successifs :
1. le bain de révélation (qui révéle
l'image),
2. le bain d'arrêt (qui stoppe l'effet
du révélateur),
3. le bain de fixation (qui fixe...
:P).
Il est fondamental de respecter le principe suivant
: à chaque produit son matériel !
Concrètement, l'éprouvette et le mélangeur
réservés au bain de révélation ne seront
pas utilisés pour le bain d'arrêt ni le bain de
fixation.
L'importance de ce principe se traduit par le marquage du
matériel (éprouvettes et mélangeurs).
1.
Préparation du matériel
La peur du noir peut vous quitter, vous pouvez désormais travailler
à la lumière vu que votre pellicule est parfaitement protégée des
rayons lumineux dans sa cuve étanche.
Il est désormais temps de prépaper vos produits !
Vous devez réserver...
... l'éprouvette "R" au bain de
révélation :
Vous devez mélanger le révélateur
à une eau portée à température ambiante.
La solution obtenue doit contenir 600ml de produit (ou plus selon
la contenance de votre cuve).
Sachez que lorsque vous développez une pellicule, le dosage du bain
de révélation n'est pas fixe : il dépend de la pellicule
utilisée (et aussi du révélateur il me semble).
Reportez-vous à l'étiquette de votre révélateur pour connaître le
dosage à appliquer.
Exemple :
Si je consulte l'étiquette du révélateur Ilford Ilfosol 3,
j'apprends que pour une pellicule Ilford Delta 100, je peux verser
au choix :
- 1 dose de révélateur + 14 doses d'eau (plus
économique)
- 1 dose de révélateur + 9 doses d'eau
Selon le choix du dosage, la durée du bain ne sera pas la même
(voir plus bas).
Optons pour la solution économique, avec 1
dose de révélateur et 14 doses d'eau.
Pour 600ml, cela correspond à 40ml de révélateur. Versez
cette quantité dans une petite éprouvette graduée (qui ne sera
utilisée que pour le révélateur elle aussi) pour mesurer
précisément vos 40ml puis versez le produit dans la grande
éprouvette que vous remplissez d'eau jusqu'à 600ml.
Mélangez à l'aide du mélangeur adéquat puis placez votre
thermomètre de façon à mesurer la température de la solution (voir
plus bas pour la suite).
... l'éprouvette "A" au bain
d'arrêt :
Pour le bain d'arrêt, c'est plus simple : quelle que soit la
pellicule concernée, remplissez l'éprouvette dédiée au bain
d'arrêt de 600ml d'eau à température ambiante puis ajoutez
quelques gouttes d'acide acétique. Mélangez à l'aide du
mélangeur dédié au bain d'arrêt.
... l'éprouvette "F" au bain de
fixation :
Quelle que soit la pellicule
concernée, versez au choix :
- 1 dose de fixateur + 9 doses d'eau (plus
économique)
- 1 dose de fixateur + 3 doses d'eau
Optons pour la solution économique, avec 1 dose
de fixateur et 9 doses d'eau.
Pour 600ml, cela correspond à 60ml de fixateur. Versez
cette quantité dans une petite éprouvette graduée (qui ne sera
utilisée que pour le fixateur elle aussi) pour mesurer
précisément vos 60ml puis versez le produit dans la grande
éprouvette que vous remplissez d'eau jusqu'à 600ml.
Mélangez à l'aide du mélangeur adéquat.
2.
Développement
1. La
révélation
- Après 1 minute environ, votre thermomètre affiche la température
du bain de révélation. Sa température optimale est de 20°. Plus le
produit est chaud, plus il est actif, et plus la durée du bain doit
être courte et inversement.
La durée du bain de révélation pour une solution à 20° dépend aussi
de votre pellicule et du dosage "révélateur + eau" que vous avez
choisi.
Comme pour le dosage de la solution, vous pouvez vous reporter sur
l'étiquette de votre révélateur. Il vous indiquera la durée du bain
pour chaque dosage (économique et moins économique) pour
20°.
Exemple : dans le cas d'une
pellicule Ilford Delta 100, la durée du bain est de :
- 7min30 pour un dosage de 1+14 (à 20°)
- 5min pour un dosage de 1+9 (à 20°)
Si la température de votre solution n'est pas de 20°, vous devez
retrouver à l'aide du tableau ci-dessous (on appelle cela un
abaque) la durée adéquate en vous basant sur la durée du bain
pour 20°.

Abaque issu de Ilford Noir et Blanc
(2003)
Exemple : pour un temps
de traitement initial de 12min à 20°, la durée sera de 10min à 22°
alors qu'elle sera de 15min à 18°.
Ceci fait, réglez votre minuteur, versez le bain de
révélation dans l'orifice de la cuve (le plus rapidement mais
sans en mettre partout autour non plus !) puis lancez le minuteur
dès que l'éprouvette est vide.
Pendant le bain, vous allez devoir effectuer différents
mouvements :
Exercez des mouvements rotatifs avec le mélangeur de la
cuve dans un sens puis dans un autre. Cela permet de faire
circuler le produit.
Chaque minute, replacez le couvercle
de votre cuve, saisissez cette dernière et effectuez des
mouvements de façon à décrire un arc de cercle puis
tapez votre cuve d'un coup sec sur votre plan de travail
pour libérer les éventuelles bulles d'air présentes dans la
solution (pour une révélation complète de vos négatifs).
Remarque : je pense que
l'ordre et la fréquence de ces mouvements ne sont pas si
importants. L'essentiel étant d'éviter de laisser un bain stagnant
qui ne circule pas et comporte des bulles.
Dès que le minuteur sonne, videz doucement mais sûrement la cuve
puis passez au bain suivant.

- A gauche : la cuve sans
couvercle mais à l'abri de la lumière : vous pouvez verser et vider
vos produits.
- A droite : la cuve complètement fermée : vous
pouvez effectuer les mouvements que vous souhaitez en toute
sécurité (attention, cela risque de couler un peu quand même
!).
2.
L'arrêt
Le bain d'arrêt doit être idéalement
porté à 20°. Si ce n'est pas le cas, il n'est pas nécessaire
d'adapter la durée du bain. Cette précaution n'est essentielle que
pour la révélation.
Le bain d'arrêt dure 1 minute.
Vous pouvez verser le bain d'arrêt dans la cuve, effectuer quelques
mouvements (voir précédemment) puis vider la cuve.
3. La fixation
Comme pour le bain d'arrêt, le bain de fixation doit être
idéalement porté à 20° mais si ce n'est pas le cas, il n'est
pas nécessaire d'adapter la durée du bain.
Cependant, cette dernière dépend du dosage "fixateur + eau"
chosi :
- 4 minutes pour un dosage 1+9
- 2 minutes pour un dosage 1+3
Je vous invite malgré tout à vérifier cela sur l'étiquette de votre
produit.
Versez le bain de fixation dans la cuve, effectuez quelques
mouvements puis vider la cuve.
4. Le rinçage
Il existe visiblement plusieurs méthodes...
Avec tuyau de
rinçage :
Si vous êtes équipé d'un tuyau de
rinçage adapté à votre cuve, fixez-le à votre robinet et à votre
cuve puis laissez couler l'eau pendant 10
minutes (je sais, ce n'est pas très "développement
durable").
Sans tuyau (trouvé sur le
forum H0lg4.org) :
Remplissez votre cuve d'eau, refermez-la et effectuez 10
renversements puis videz la cuve. Reproduisez cette action
10 fois (!).
Quelle que soit votre méthode, vous devrez ensuite remplir une
nouvelle fois votre cuve et ajouter quelques gouttes
d'agent mouillant. Pendant 1
minute, effectuez les mouvements recommandés plus haut (ça
mousse, c'est normal !). Videz la cuve puis remplissez-la d'eau de
nouveau et videz-la encore pour faire partir la mousse.
Terminez avec un bain (toujours avec mouvements) d'eau
déminéralisée pendant 1
minute.
5. Le séchage
Le moment tant attendu arrive !
Ouvrez votre cuve et sortez votre spire. Tenez-la
à l'aide du tube de la cuve et agitez le bloc comme si
vous manipuliez un maillet pour évacuer
l'excédent d'eau.
Retirez l'anneau puis le tube et séparez délicatement les deux
disques que composent la spire.

La pellicule développée !
Retournez la demi spire de façon à récupérer le film enroulé sur la
paume de votre main puis déroulez le film en le tenant par les
bords (attention aux traces de doigt !).
Munissez-vous des deux pinces de séchage.
Accrochez la pince légère sur l'extrémité haute du film et la pince
lourde sur l'extrémité basse de façon à obtenir un film bien tendu.
Suspendez votre film où vous pouvez (personnellement, c'est sur mon
sèchoir à linge !). Donnez quelques coups de bombe à
air comprimé pour chasser les gouttes d'eau les plus
tenaces et laissez sécher (1 heure environ).
Vous pourrez ensuite couper le film en plusieurs morceaux pour les
ranger dans les feuillets de négatifs. Vous
utiliserez si nécessaire un chiffon antistatique
pour éliminer les poussières.
Articles conseillés :
- Comment fabriquer un appareil
sténopé ?
- Comment développer ses
négatifs papier ?
- La transformation d'un Agfa
Clack en appareil sténopé
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Date de création : 10/09/08 Dernière mise à jour : 29/01/12 23:29 / 154 articles publiés
Déposez un commentaire !
19 commentaire(s)
-
Oui, c'est clair que la température idéale est de 20° pour chaque bain.
Après j'avoue que j'ai toujours composé avec la température basse en hiver et haute en été sans trop de problème jusqu'ici.
Je ne me rend pas compte des conséquences réelles sur les négatifs développés avec des températures "extrêmes". J'ai le sentiment que la différence se joue au niveau de la bonne conservation du négatif dans le temps.
A creuser !
-
j'ai fait du n & b il y a longtemps, oublié, alors tout cela me remet en mémoire d'autant plus que je n'ai jamais développé du 120. La différence, bien sûr c'est unniquement la mise en bobine, toujours délicate. Je me permets d'ajouter un détail: pour le bain d'arrêt et le rinçage ne vaut-il pas mieux quand même que la température soit proche de 20° ? je dis cela pour ceux qui travaillent en hiver quand l'eau du robinet est franchement en dessous de 20 °. En tout cas bravo et merci pour tes explications.
-
Bonjour Patrick,
Merci pour ces encouragements.
Un lien vers l'article sur le développement des négatifs papier noir et blanc est indiqué à la fin de cet article ! ;)
Laurent.
-
tres bien fait
bravos ca aide les nouveaux amateur comme moi
si tu peus fair la meme pour le papier se serais geant
bravos
-
J'en suis heureux !
-
merci pour ce tuto vraiment bien fait,
pile ce dont j'avais besoin pour mon nvx dianaf+
-
Non, pas besoin de remélanger avant de verser.
Tu peux toujours t'acheter un seul mélangeur mais il faudra bien le laver entre chaque utilisation dans les éprouvettes respectives.
C'est pas forcément ce qu'il y a de plus pratique, donc pour le peu d'économie que tu feras, je te conseille d'en acheter plusieurs !
Laurent.
-
Hum, d'accord, c'est pour le timing alors... Il faut donc enchainer les différentes étapes le plus rapidement possible !
Et pour les mélangeurs ? Un ne suffirait-il pas ?
Je suppose que tu prépares toutes tes dilutions avant de commencer, peut-être que tu remélanges un peu avant de verser.. ?
Merci beaucoup pour tous ces conseils, bonne nuit !
Maxime.
-
Bonsoir Maxime,
Vu le timing à respecter dans le processus de développement (le fait de verser les produits les uns après les autres sans attendre), il est assez indispensable d'avoir une éprouvette par bain, oui ! :)
Bon développement !
Laurent.
-
Bonjour.
Tout d'abord, merci pour ton article très complet qui m'a éclairci l'esprit..
J'ai envie de me lancer dans "l'aventure", et je me pose une petite question :
" Il est fondamental de respecter le principe suivant : à chaque produit son matériel ! "
Pourquoi faut-il une éprouvette par produit ? Est-ce vraiment très important ? J'ai fait la liste du matériel et la facture s'élève à 100 euros sans la chimie, alors si je peux économiser un peu... Mais bon c'est vrai que c'est plus pratique d'avoir une éprouvette par produit...
En tout cas merci !
Bonne soirée,
Maxime.






