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Comment développer une pellicule noir et blanc ?  (Le sténopé : mode d'emploi) posté le lundi 07 septembre 2009 00:11

développement pellicules, sténopé

En décembre dernier, je vous expliquais comment développer un négatif papier dans le cadre de la pratique de la photographie au sténopé. Ayant testé ces dernières semaines mon dernier appareil, un Agfa Clack sténopé utilisant des pellicules 6x9cm, nous allons nous intéresser au développement des pellicules dans cet article !
 
Avertissement : Je suis loin d'être un photographe expérimenté (bah oui, vous avez vu le nom du blog ?). Bref, tout ça pour dire que malgré le titre plein de promesse de cet article, vous n'êtes pas à l'abri d'y lire des énormités (on ne sait jamais). J'invite donc tous les photographes expérimentés qui s'étrangleraient devant leur écran à la lecture de cet article de ne pas hésiter à laisser des commentaires !

I. Matériel

- La pellicule à développer (après prise de vue !)

- Cuve & Cie (de la même marque) :
  - Cuve pour pellicule
  - Spire (généralement vendue avec la cuve)
  - Tuyau de rinçage adapté à la cuve (facultatif)

- Produits chimiques :
  - Révélateur (pour film)
  - Acide acétique
  - Fixateur
  - Agent mouillant
  - Eau déminéralisée

- Eprouvettes et mélangeurs :
  - 3 éprouvettes graduées de 600ml de contenance minimum
  - 3 mélangeurs (1 par éprouvette)
  - 2 petites éprouvettes graduées (avec une précision de 10ml)

- Le reste...
  - Paire de ciseaux
  - Décapsuleur (facultatif pour une pellicule "120")
  - Thermomètre
  - Minuteur
  - Deux pinces de séchage
  - Bombe à air comprimé
  - Feuillets pour négatifs (correspondant au format de votre pellicule)
  - Chiffon antistatique


II. Mise en place de la pellicule dans la cuve

Le développement d'une pellicule commence par l'étape la plus délicate : la mise en place de la pellicule dans la cuve.

Si vous avez déjà fait du développement photo avec le papier comme support sensible, sachez qu'avec la pellicule, vous pouvez d'ores et déjà oublier votre lanterne inactinique (vous savez, la lumière rouge de labo) car vous allez devoir travailler dans le noir complet pour accomplir cette première tâche.

Du coup, je vous conseille, avant de vous lancer, de faire le test avec une pellicule que vous allez sacrifier pour l'occasion (histoire de ne pas mettre à mort la pellicule avec laquelle vous avez réalisé les clichés les plus prometteurs).


1. Organisation de votre plan de travail (à la lumière)

A la lumière dans un premier temps, prenez place devant un plan de travail (ou ce qui peut faire office de plan de travail : dans mon cas, il s'agit de la cuvette de mes toilettes, donc n'ayez honte de rien !) : disposez de façon stratégique vos accessoires :

Près de vous :
- la pellicule
- la spire
- une paire de ciseaux

Un peu plus loin et dans cet ordre :
- le tube de la cuve
- l'anneau de fermeture de la cuve
- la cuve ouverte
- le bloc percé de la cuve (si vous connaissez son nom officiel, je suis preneur !)
- le couvercle de la cuve

Cela vous permettra de vous repérer dans le noir complet pour manipuler vos accessoires.


2. Mise en place de la pellicule dans la cuve (dans le noir complet)

La pièce dans laquelle vous devez effectuer cette étape doit être plongée dans une obscurité parfaite. Assurez-vous que votre labo est parfaitement étanche à la lumière : fermez les rideaux, les volets, bouchez les ouvertures par lesquelles la lumière pourrait passer, développez exclusivement le soir si nécessaire etc.

Saisissez votre pellicule et ouvrez-la à l'aide d'un décapsuleur en prenant soin de ne pas faire tomber le film. Pour une pellicule "120", le décapsuleur n'est pas nécessaire : il suffit de déchirer le papier couvrant la pellicule.

Déroulez le film. Le support sensible est recouvert d'un papier : ce même papier qui vous indiquait le numéro de chaque pose (de 1 à 8 si vous travaillez avec un format 6x9cm comme moi) lors de la prise de vue. Une fois la pellicule déroulée, détachez le papier qui vous encombre d'un coup de ciseaux en prenant garde de ne pas couper le film au passage...

Coupez le reste de papier accroché à la pellicule (il ne doit pas rester de papier du tout), puis arrondissez les bords de cette extrémité de pellicule. N'ayez pas peur en coupant mais n'y allez pas trop franco quand même (il faut que vous laissiez un peu de bande pour obtenir des photos à la fin de la séance de développement !).

Ceci fait, équipez-vous de votre spire et posez vos doigts (parfaitement secs) sur ses zones planes. Vous devez faire glisser votre pellicule par l'extrémité que vous avez arrondie et ce dans le sens de sa courbure naturelle. Lorsque la pellicule est passée à travers la fente (vous devez sentir que la pellicule est entrée sous les zones planes de la spire), tirez un peu sur le film puis effectuez des petits mouvements secs de rotation des deux disques que composent la spire (chacun dans un sens différent) pour que la totalité du support soit fiché dans la spire.
Effectuez cette action en laissant vos doigts posés en partie sur le film pour "l'accompagner".

Comme ce dernier paragraphe est un peu dur à avaler, voici une démonstration vidéo ! C'est sombre et le son est pourri mais vous comprendrez sûrement mieux !


Cette manipulation sera à reproduire dans le noir complet !

Désormais, vous pouvez enclencher le tube dans la spire, y apposer l'anneau de fermeture (voir ci-dessous).

Spire et cuve : développement de pellicule noir et blanc

Placez ensuite l'ensemble dans la cuve et refermez-la avec le bloc percé et le couvercle.
Le plus dur est fait ! Vous pouvez allumer la lumière !


III. Développement de la pellicule

Comme pour le papier, le développement consiste à plonger votre support dans 3 bains successifs :

1. le bain de révélation (qui révéle l'image),
2. le bain d'arrêt (qui stoppe l'effet du révélateur),
3. le bain de fixation (qui fixe... :P).

Il est fondamental de respecter le principe suivant : à chaque produit son matériel ! Concrètement, l'éprouvette et le mélangeur réservés au bain de révélation ne seront pas utilisés pour le bain d'arrêt ni le bain de fixation.

L'importance de ce principe se traduit par le marquage du matériel (éprouvettes et mélangeurs).


1. Préparation du matériel

La peur du noir peut vous quitter, vous pouvez désormais travailler à la lumière vu que votre pellicule est parfaitement protégée des rayons lumineux dans sa cuve étanche.

Il est désormais temps de prépaper vos produits !

Vous devez réserver...

... l'éprouvette "R" au bain de révélation :
Vous devez mélanger le révélateur à une eau portée à température ambiante.
La solution obtenue doit contenir 600ml de produit (ou plus selon la contenance de votre cuve).

Sachez que lorsque vous développez une pellicule, le dosage du bain de révélation n'est pas fixe : il dépend de la pellicule utilisée (et aussi du révélateur il me semble). Reportez-vous à l'étiquette de votre révélateur pour connaître le dosage à appliquer.

Exemple :
Si je consulte l'étiquette du révélateur Ilford Ilfosol 3, j'apprends que pour une pellicule Ilford Delta 100, je peux verser au choix :
- 1 dose de révélateur + 14 doses d'eau (plus économique)
- 1 dose de révélateur + 9 doses d'eau


Selon le choix du dosage, la durée du bain ne sera pas la même (voir plus bas).

Optons pour la solution économique, avec 1 dose de révélateur et 14 doses d'eau.
Pour 600ml, cela correspond à 40ml de révélateur. Versez cette quantité dans une petite éprouvette graduée (qui ne sera utilisée que pour le révélateur elle aussi) pour mesurer précisément vos 40ml puis versez le produit dans la grande éprouvette que vous remplissez d'eau jusqu'à 600ml.

Mélangez à l'aide du mélangeur adéquat puis placez votre thermomètre de façon à mesurer la température de la solution (voir plus bas pour la suite).

... l'éprouvette "A" au bain d'arrêt :
Pour le bain d'arrêt, c'est plus simple : quelle que soit la pellicule concernée, remplissez l'éprouvette dédiée au bain d'arrêt de 600ml d'eau à température ambiante puis ajoutez quelques gouttes d'acide acétique. Mélangez à l'aide du mélangeur dédié au bain d'arrêt.

... l'éprouvette "F" au bain de fixation :
Quelle que soit la pellicule concernée, versez au choix :
- 1 dose de fixateur + 9 doses d'eau (plus économique)
- 1 dose de fixateur + 3 doses d'eau


Optons pour la solution économique, avec 1 dose de fixateur et 9 doses d'eau.
Pour 600ml, cela correspond à 60ml de fixateur. Versez cette quantité dans une petite éprouvette graduée (qui ne sera utilisée que pour le fixateur elle aussi) pour mesurer précisément vos 60ml puis versez le produit dans la grande éprouvette que vous remplissez d'eau jusqu'à 600ml.

Mélangez à l'aide du mélangeur adéquat.


2. Développement

1. La révélation

- Après 1 minute environ, votre thermomètre affiche la température du bain de révélation. Sa température optimale est de 20°. Plus le produit est chaud, plus il est actif, et plus la durée du bain doit être courte et inversement.

La durée du bain de révélation pour une solution à 20° dépend aussi de votre pellicule et du dosage "révélateur + eau" que vous avez choisi.

Comme pour le dosage de la solution, vous pouvez vous reporter sur l'étiquette de votre révélateur. Il vous indiquera la durée du bain pour chaque dosage (économique et moins économique) pour 20°. 

Exemple : dans le cas d'une pellicule Ilford Delta 100, la durée du bain est de :
- 7min30 pour un dosage de 1+14 (à 20°)
- 5min pour un dosage de 1+9  (à 20°)


Si la température de votre solution n'est pas de 20°, vous devez retrouver à l'aide du tableau ci-dessous (on appelle cela un abaque) la durée adéquate en vous basant sur la durée du bain pour 20°.

Abaque : développement de pellicule noir et blanc
Abaque issu de Ilford Noir et Blanc (2003)

Exemple : pour un temps de traitement initial de 12min à 20°, la durée sera de 10min à 22° alors qu'elle sera de 15min à 18°.

Ceci fait, réglez votre minuteur, versez le bain de révélation dans l'orifice de la cuve (le plus rapidement mais sans en mettre partout autour non plus !) puis lancez le minuteur dès que l'éprouvette est vide.

Pendant le bain, vous allez devoir effectuer différents mouvements :
Exercez des mouvements rotatifs avec le mélangeur de la cuve dans un sens puis dans un autre. Cela permet de faire circuler le produit.

Chaque minute, replacez le couvercle de votre cuve, saisissez cette dernière et effectuez des mouvements de façon à décrire un arc de cercle puis tapez votre cuve d'un coup sec sur votre plan de travail pour libérer les éventuelles bulles d'air présentes dans la solution (pour une révélation complète de vos négatifs).

Remarque : je pense que l'ordre et la fréquence de ces mouvements ne sont pas si importants. L'essentiel étant d'éviter de laisser un bain stagnant qui ne circule pas et comporte des bulles.

Dès que le minuteur sonne, videz doucement mais sûrement la cuve puis passez au bain suivant.

Cuve : développement de pellicule noir et blanc
- A gauche : la cuve sans couvercle mais à l'abri de la lumière : vous pouvez verser et vider vos produits.
- A droite : la cuve complètement fermée : vous pouvez effectuer les mouvements que vous souhaitez en toute sécurité (attention, cela risque de couler un peu quand même !).



2. L'arrêt
Le bain d'arrêt doit être idéalement porté à 20°. Si ce n'est pas le cas, il n'est pas nécessaire d'adapter la durée du bain. Cette précaution n'est essentielle que pour la révélation.

Le bain d'arrêt dure 1 minute.

Vous pouvez verser le bain d'arrêt dans la cuve, effectuer quelques mouvements (voir précédemment) puis vider la cuve.


3. La fixation
Comme pour le bain d'arrêt, le bain de fixation doit être idéalement porté à 20° mais si ce n'est pas le cas, il n'est pas nécessaire d'adapter la durée du bain.

Cependant, cette dernière dépend du dosage "fixateur + eau" chosi :
- 4 minutes pour un dosage 1+9
- 2 minutes pour un dosage 1+3


Je vous invite malgré tout à vérifier cela sur l'étiquette de votre produit.

Versez le bain de fixation dans la cuve, effectuez quelques mouvements puis vider la cuve.


4. Le rinçage

Il existe visiblement plusieurs méthodes...

Avec tuyau de rinçage :
Si vous êtes équipé d'un tuyau de rinçage adapté à votre cuve, fixez-le à votre robinet et à votre cuve puis laissez couler l'eau pendant 10 minutes (je sais, ce n'est pas très "développement durable").

Sans tuyau (trouvé sur le forum H0lg4.org) :
Remplissez votre cuve d'eau, refermez-la et effectuez 10 renversements puis videz la cuve. Reproduisez cette action 10 fois (!).

Quelle que soit votre méthode, vous devrez ensuite remplir une nouvelle fois votre cuve et ajouter quelques gouttes d'agent mouillant. Pendant 1 minute, effectuez les mouvements recommandés plus haut (ça mousse, c'est normal !). Videz la cuve puis remplissez-la d'eau de nouveau et videz-la encore pour faire partir la mousse.

Terminez avec un bain (toujours avec mouvements) d'eau déminéralisée pendant 1 minute.


5. Le séchage
Le moment tant attendu arrive !
Ouvrez votre cuve et sortez votre spire. Tenez-la à l'aide du tube de la cuve et agitez le bloc comme si vous manipuliez un maillet pour évacuer l'excédent d'eau.

Retirez l'anneau puis le tube et séparez délicatement les deux disques que composent la spire.

Pellicule photo développée
La pellicule développée !

Retournez la demi spire de façon à récupérer le film enroulé sur la paume de votre main puis déroulez le film en le tenant par les bords (attention aux traces de doigt !).

Munissez-vous des deux pinces de séchage.
Accrochez la pince légère sur l'extrémité haute du film et la pince lourde sur l'extrémité basse de façon à obtenir un film bien tendu. Suspendez votre film où vous pouvez (personnellement, c'est sur mon sèchoir à linge !). Donnez quelques coups de bombe à air comprimé pour chasser les gouttes d'eau les plus tenaces et laissez sécher (1 heure environ).

Vous pourrez ensuite couper le film en plusieurs morceaux pour les ranger dans les feuillets de négatifs. Vous utiliserez si nécessaire un chiffon antistatique pour éliminer les poussières.


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19 commentaire(s)

  • stenope sam 28 jan 2012 02:34
    Oui, c'est clair que la température idéale est de 20° pour chaque bain.

    Après j'avoue que j'ai toujours composé avec la température basse en hiver et haute en été sans trop de problème jusqu'ici.

    Je ne me rend pas compte des conséquences réelles sur les négatifs développés avec des températures "extrêmes". J'ai le sentiment que la différence se joue au niveau de la bonne conservation du négatif dans le temps.

    A creuser !

  • vieilours mailto

    lun 28 nov 2011 14:26

    j'ai fait du n & b il y a longtemps, oublié, alors tout cela me remet en mémoire d'autant plus que je n'ai jamais développé du 120. La différence, bien sûr c'est unniquement la mise en bobine, toujours délicate. Je me permets d'ajouter un détail: pour le bain d'arrêt et le rinçage ne vaut-il pas mieux quand même que la température soit proche de 20° ? je dis cela pour ceux qui travaillent en hiver quand l'eau du robinet est franchement en dessous de 20 °. En tout cas bravo et merci pour tes explications.

  • stenope dim 14 nov 2010 23:43
    Bonjour Patrick,

    Merci pour ces encouragements.

    Un lien vers l'article sur le développement des négatifs papier noir et blanc est indiqué à la fin de cet article ! ;)

    Laurent.

  • patrick mailto

    dim 14 nov 2010 16:31

    tres bien fait
    bravos ca aide les nouveaux amateur comme moi
    si tu peus fair la meme pour le papier se serais geant
    bravos

  • stenope dim 31 oct 2010 00:05
    J'en suis heureux !

  • florent berault mailto

    sam 30 oct 2010 13:49

    merci pour ce tuto vraiment bien fait,
    pile ce dont j'avais besoin pour mon nvx dianaf+

  • stenope jeu 10 jun 2010 23:30
    Non, pas besoin de remélanger avant de verser.

    Tu peux toujours t'acheter un seul mélangeur mais il faudra bien le laver entre chaque utilisation dans les éprouvettes respectives.

    C'est pas forcément ce qu'il y a de plus pratique, donc pour le peu d'économie que tu feras, je te conseille d'en acheter plusieurs !

    Laurent.

  • Maxime

    jeu 10 jun 2010 23:11

    Hum, d'accord, c'est pour le timing alors... Il faut donc enchainer les différentes étapes le plus rapidement possible !

    Et pour les mélangeurs ? Un ne suffirait-il pas ?
    Je suppose que tu prépares toutes tes dilutions avant de commencer, peut-être que tu remélanges un peu avant de verser.. ?


    Merci beaucoup pour tous ces conseils, bonne nuit !


    Maxime.

  • stenope jeu 10 jun 2010 21:41
    Bonsoir Maxime,

    Vu le timing à respecter dans le processus de développement (le fait de verser les produits les uns après les autres sans attendre), il est assez indispensable d'avoir une éprouvette par bain, oui ! :)

    Bon développement !

    Laurent.

  • Maxime

    jeu 10 jun 2010 21:17

    Bonjour.
    Tout d'abord, merci pour ton article très complet qui m'a éclairci l'esprit..

    J'ai envie de me lancer dans "l'aventure", et je me pose une petite question :

    " Il est fondamental de respecter le principe suivant : à chaque produit son matériel ! "

    Pourquoi faut-il une éprouvette par produit ? Est-ce vraiment très important ? J'ai fait la liste du matériel et la facture s'élève à 100 euros sans la chimie, alors si je peux économiser un peu... Mais bon c'est vrai que c'est plus pratique d'avoir une éprouvette par produit...

    En tout cas merci !


    Bonne soirée,

    Maxime.

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