Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas publié
d'interview !
C'est désormais chose faite avec cet article consacré au travail
d'Odile Gicquel
que j'ai découvert via la page de liens de Patrick Caloz que j'avais invité sur ce blog !
Comme quoi, ces pages de liens ne sont pas inutiles. 
Le travail d'Odile Gicquel m'a séduit dès les
premières secondes passées dans sa galerie : un travail
très expressif autour du corps et des images d'une grande
qualité.
Je me suis donc permis de la contacter pour en savoir plus
sur sa démarche et son rapport au sténopé. Elle a accepté très
gentiment, malgré un planning chargé, de répondre à
quelques unes de mes questions.
J'aurais aimé en savoir encore plus mais un bon sténopiste ne doit
peut-être pas dévoiler tous ses secrets. 

Ma tête qui souvent crie (Odile
Gicquel)
Laurent Diaz : Présentez-vous ! 
Odile Gicquel : J'ai 53 ans et fais de la
photographie depuis 16-17 ans.
L.D. : Vous pratiquez la photographie au sténopé depuis
2000.
Comment avez-vous découvert cette technique
?
O.G. : En l'an 2000, je lis dans une revue spécialisée photo
« Comment photographier l'éclipse solaire avec une boîte
en carton » ! Je pense qu'ils vont trop loin pour vendre et je
décide de réaliser la boîte en carton qu'ils recommandent, en faire
un essai... pour ensuite leur faire un article, pour me plaindre de
ces articles à sensations... J'ai fait cette boîte, je me suis mise
devant et j'ai été enthousiasmée par le résultat... Je n'ai jamais
fait l'article... Depuis je ne cesse de faire du sténopé ou du
Holga... Je trouve le résultat fascinant.

Mes pieds pour l'équilibre (Odile
Gicquel)
L.D. : Comment expliquez-vous le fait de ne pas vous être
lassée de cette technique avec le temps ?
O.G. :
Pourquoi je continue ? Tout simplement : je m'amuse comme une
gosse. Chaque sténopé me comble ou me déçoit, me surprend tout le
temps. Cette non maîtrise du matériel, du cadrage, de la lumière...
et le résultat onirique qui me surprend encore à chaque fois.
L.D. : Votre site web est consacré à un travail très
expressif sur le corps.
Que diriez-vous de votre démarche ?
O.G. : En noir et
blanc, je n'ai fait que des morceaux de corps :
- Mes pieds, en premier, car c'est sur eux que tout repose et non
sur ma tête... Mes pieds sont stables et solides. Je leur rends
régulièrement hommage.
- Mes mains qui bougent tout le temps et font le lien avec le reste
du corps ou avec le monde extérieur.
- Enfin, ma tête... mais rarement paisible.
- Puis mes racines ou mes sténopés couleur, teintes pastel. J'y
suis entière mais transparente. J'aurais pu l'intituler "mes
fantômes", ceux qui m'accompagnent depuis longtemps.

Le site web d'Odile
Gicquel propose à l'internaute une "navigation anatomique"
plutôt originale.
L.D. : Vous figurez sur l'intégralité de vos images.
L'autoportrait est-il un choix artistique ? Ou bien est-ce
simplement plus commode pour avoir à sa disposition un modèle
sincèrement enthousiaste, fidèle et qui ne vous posera pas de
lapin, à savoir, vous-même ? 
O.G. : J'ai commencé avec moi comme modèle
parque c'était pratique. Et puis les résultats n'étaient pas
forcément flatteurs. Il m'aurait été difficile de trouver un
modèle. Je me suis faite piégée par cela, y ai pris du plaisir et
maintenant, ce face à face avec ma boîte noire m'est indispensable.
Un drôle de miroir !
L.D. : Vous présentez des tirages photo sur draps et sur
toile. Je trouve le résultat très réussi. Quelle était votre
démarche ?
O.G. : La recherche de la "transparence" a été mon moteur pour
réaliser mes voiles. J'ai la même démarche pour mes sténopés
couleur. Je continue... Cette obsession n'est pas encore
satisfaite...

Odile Gicquel a réalisé sur la base de ses sténopés
des tirages organiques de toute beauté sur des voiles et des
toiles. Magnifique.
L.D. : Pouvez-vous nous parler de vos appareils
sténopé ?
O.G. : Mes boîtes sont toutes du bricolage à partir de cartons ou à
partir de vieux appareils bricolés (pour la couleur).
L.D. : Lors d'une séance photo au sténopé, comment
évaluez-vous le temps de pose nécessaire ?
O.G. : Le
temps de pose va de 7 à 45 secondes, en fonction de la saison et du
soleil. Toutes mes prises de vue sont au soleil. La lumière, rien
que la lumière est ma devise ! Celle du soleil, c'est encore mieux.
Photographier signifie écrire avec la lumière. Je l'ai compris avec
le sténopé qui me permet de réaliser ces sculptures de lumière et
de hasard.

Un des appareils sténopé en carton d'Odile
Gicquel
L.D. : Au cours de séances en extérieur, quelle est la
réaction des passants ?
O.G. : Les autres... quand ils me voient poser dans la rue...
s'arrêtent... et prennent de la distance ! Ils choisissent de
s'éloigner plutôt que d'être contaminés des fois que ce serait
contagieux... à part quelques exceptions qui osent s'approcher et
poser des questions.
Propos recueillis par e-mail en novembre 2009.






seline
ven 04 déc 2009 21:49