Il est un artiste dont on
parle moins dans le cadre de l'exposition internationale
de sténopé. Et pourtant...
...chaque année, il planche, lui aussi, sur le thème imposé, prend
la liberté de ne pas travailler en sténopé et rend sa copie bien
plus tard que les autres... ce qui ne l'empêche pas de faire partie
de l'aventure à coup sûr !
C'est Ben
Spada, auteur de l'affiche de l'exposition (et autres
supports de l'événement) depuis sa première édition en
2007.
J'ai découvert le travail de Ben Spada l'année dernière avec
l'affiche de la 3ème exposition sur le thème des
transports. J'avais beaucoup aimé la qualité et la
composition de cette création qui, audacieusement, ne présentait ni
sténopé, ni appareil bricolé.
Petite interview
d'un artiste qui met ses talents numériques au
service du sténopé !
Laurent Diaz : Parlez-nous de votre formation, de votre
parcours en tant que graphiste.
Ben Spada : Après des études d’Arts Plastiques à la Sorbonne,
j’ai suivi des formations techniques et effectué quelques
stages. Je me suis lancé en free lance, j’ai eu des missions
en intérim dans des agences de communication qui ont débouché sur
des postes de maquettiste, puis de graphiste créa.
Aujourd’hui je suis directeur artistique dans un groupe de
publicité international.
L.D. : Vous réalisez les supports de communication de
l'exposition internationale de photographie au sténopé depuis la
première édition en 2007. Comment avez-vous été embarqué dans
cette aventure ?
B.S. : Arnaud Lévénès du Centre Culturel André Malraux avait vu mes
travaux pour le CECB, une association du Bourget dédiée aux
musiques actuelles. Il m’a demandé de plancher sur le logo de
la Capsule, la résidence photo puis sur la couverture du catalogue
des premières rencontres du sténopé dont le thème
était "Froid, Glacé". Finalement, il m’a confié
toute la campagne de communication : affiches, carton
d’invitation, kakemono…

Supports de communication de la 1ère exposition
internationale de photographie au sténopé en 2007 sur le thème
"Froid, Glacé".
L.D. : Quel regard portez-vous sur cette manifestation
?
B.S. : Ces rencontres deviennent, avec les années, une référence
dans le domaine. Les participants viennent du monde entier, la
presse en parle chaque année davantage et l’intérêt du public
est croissant.
L’exposition présente des œuvres contemporaines
réalisées grâce à un procédé qui remonte aux origines de la
photographie. Le sténopé traverse le temps, s’endort parfois
mais pour mieux ressusciter. Il se renouvelle sans cesse et je suis
toujours frappé par la créativité des travaux exposés. Par
ailleurs, le Centre culturel André Malraux, par son architecture à
la fois classique et contemporaine, se prête parfaitement à ce
genre d’exposition qui mêle l’histoire et la modernité,
la tradition d’un procédé et la création
d’aujourd’hui.

Affiche de la 2ème exposition internationale de
photographie au sténopé en 2008 sur le thème "Nature
urbaine".
L.D. : Connaissiez-vous le sténopé avant cette
collaboration ?
B.S. : J’ai commencé la photo à l’âge de 14 ans et
c’est devenu ma matière principale à l’université.
J’ai pu tester des procédés comme le photogramme, la chimie,
je faisais tous mes tirages.
J’utilisais un Pentacon 6x6, un Nikon et un Pola SX70. J’avais aussi un pauvre Diana bricolé. Cet appareil est tellement "minable", que même avec l’objectif, mes photos avaient un aspect "sténopé".
Ce qui caractérise le sténopé, c’est son imperfection, ce
flou mystérieux qui s’en dégage. Selon moi, chercher la
netteté ne doit pas être un facteur déterminant. C’est la
part de hasard qui est fascinante. Le fait de ne pas maîtriser
totalement ce qui se produit est source de surprise, et la
surprise, en photo, me procure la même émotion que lors de mon
premier tirage.
L.D. : Comment vous y êtes-vous pris pour cette nouvelle
affiche ? Qu'avez-vous souhaité faire passer à travers cette
création ?

Affiche de la 4ème exposition internationale de
photographie au sténopé en 2010 sur le thème des quatre
éléments "4-4-4".
B.S. : J’ai commencé mes recherches visuelles en septembre
2009 soit 5 mois avant la livraison de la maquette. Bon évidemment
je n’ai pas fait que ça, mais ça permet d’y penser
inconsciemment. L’idée germe progressivement si bien
qu’au moment où je commence vraiment, le visuel se révèle
presque tout seul. J’aime bien travailler de cette manière
mais c’est rare car aucun client ne laisse des délais aussi
longs. C’est parce que je sais que telle commande va tomber à
tel moment que je peux organiser mon temps et commencer mes
recherches plusieurs mois à l’avance.
Les années précédentes, les thèmes proposés reflétaient notre époque. Ils étaient assez actuels : "Plus Vite !!!" (les transports) ; "Nature Urbaine" ; "Froid, Glacé" (qui pouvait sous-entendre la question du réchauffement climatique).
La particularité de cette édition, c’est d’avoir un thème classique et universel : les 4 éléments. On retrouve des représentations de ces éléments depuis la nuit des temps et des applications dans des domaines qui vont de la physique aux arts divinatoires en passant par la chimie, la médecine, la philosophie, l’astrologie (voir sur Wikipedia).
J’ai donc essayé d’orienter la créa vers une "abstraction mystique" empreinte de matières et de symboles sans chercher trop à représenter les éléments de manière figurative. On remarque une forme géométrique qui est issue d’un mandala. Cette forme fait référence à la religion et au zodiaque. Quant à la symbolique, elle provient de l’alchimie et fait donc référence aux recherches scientifiques autour de ce thème. C’est très intéressant de créer une composition à partir de formes provenant de domaines aussi variés.
Une forme d’abstraction s’imposait car les
représentations sont nombreuses depuis le Moyen-âge. Et je ne
voulais pas y ajouter ma propre interprétation du thème alors même
que c’est précisément ce qu’on attend des sténopistes.
Il me paraissait important de ne pas enfermer le sujet mais, au
contraire, de l’ouvrir vers des horizons suggestifs.
L.D. : Comment définiriez-vous votre style
?
B.S. : Ça dépend vraiment de la commande. Je ne
sais pas si on peut parler vraiment de style concernant mon
travail. Je peux aussi bien tendre vers du baroque surchargé de
détails que vers un minimalisme extrême. Mais le minimalisme est
plus dur à vendre car le client pense qu’il aurait pu le
faire lui-même, alors que le travail est le même. C’est une
question de choix et de composition. En cuisine, on choisit des
ingrédients et on les assemble, un peu plus de ça ou un peu moins,
on s’inspire de plusieurs recettes, on ajoute nos épices
préférées et le résultat est une création originale.
D’une manière générale je recherche un certain radicalisme
avec un visuel "fort" graphiquement, des couleurs vives et une typo
qui correspond au sujet. Les choix typographiques ont une
importance majeure. Pour mes créations culturelles, j’utilise
de manière récurrente l’Univers Light Ultra Condensed (la
police de "Sténopé" sur l’affiche). Elle est pleine de
contradictions, à la fois ronde et carrée, condensée et lisible,
basique et élégante, moderne et intemporelle.
L.D. : De manière générale, quelles sont vos sources
d'inspiration ?
B.S. : La peinture, la photographie, l’architecture et le
design graphique évidemment. Je cherche dans mes collections
d'images libres de droit, d'illustrations vectorielles et de
polices de caractères. Mais tout peut m'influencer : un paysage, un
livre d'art, un film. Et la musique surtout, je ne peux pas
travailler sans musique.

Support réalisé pour le Centre éducatif et culturel
du Bourget (CECB) en 2008.
L.D. : Pour quels autres commanditaires avez-vous
l'occasion de travailler et sur quels types de
projets ?
B.S. : Je fais régulièrement les programmes et les affiches du CECB
(Centre éducatif et culturel du Bourget), des affiches pour le
Centre culturel André Malraux (comme pour l’exposition
d’art contemporain "Intrusions Burlesques"), des pochettes de
disque, des affiches de concert. Je fais également de la publicité
santé en agence...

Affiche de l’exposition d’art
contemporain "Intrusions Burlesques" en 2010.

CD "Studio des Jardins" pour le
CECB
L.D. : Quelles sont les créations dont vous êtes le plus
fier ?
B.S. : Celles où on me laisse carte blanche dans le domaine
culturel et pour lesquelles je prends le temps de pousser mes
recherches. Ce n’est pas de la fierté mais j’aime bien
la pochette de la compilation du Studio des Jardins (CECB-2006) et
les affiches de Nature Urbaine (2007) et 4-4-4 (2010) pour les
Rencontres Internationales du Sténopé.
Ma plus belle créa, c’est mon fils Ruben (2 ans)...
Propos recueillis par e-mail en mars 2010.






Florence Vallantin
mer 16 mar 2011 23:09