
Les quatre éléments : le
feu (2009)
Nous en arrivons au quatrième et dernier épisode de ce
making-off portant sur ma série de sténopés Les quatre éléments.
En novembre, j'en avais alors terminé avec l'eau, l'air et la terre.
J'allais devoir m'attaquer au plus difficile des
quatre éléments : le feu.
Il me restait deux mois pour produire ma dernière image dans des
conditions de plus en plus complexes, avec une lumière
(si précieuse en sténopé) qui fait cruellement défaut à
l'approche de l'hiver.
Pourquoi le feu était-il un élément si complexe à travailler
?
Simplement, parce que je souhaitais à tout prix que l'élément soit
présent à l'image et non seulement son allégorie.
Sur mes 3 premières images, l'eau, l'air et la terre étaient bien
là. Je devais faire de même pour le feu... La différence, c'est que
le feu est un peu plus délicat à manipuler...
Lors de la deuxième séance photo de la terre, j'ai profité du coucher du soleil
pour tester une première idée : un visage découpé dans
la lumière du soleil. Idée que j'avais à l'origine
prévue pour Ilyes, lors de la séance de l'air.
Les résultats n'ont rien donné, d'autant plus que l'Agfa
Clack, étant un appareil photo, offre un rendu moins brut
qu'une boîte détournée de son usage. Impossible de jouer avec un
éventuel reflet de la lumière sur les parois du boîtier comme ce
peut être le cas avec une boîte métallique non peinte.

Il fallait donc tenter autre chose.
Si le soleil ne pouvait pas faire un "bon feu", des bougies
pouvaient certainement faire l'affaire.
J'ai sollicité de nouveau Willène pour ce deuxième test.
Nous avons passé un temps fou à trouver des bougies longues et
des bougeoirs adéquats ! J'ai fait poser Willène en intérieur,
d'abord à la faible lueur naturelle du crépuscule puis à
la lumière artificielle.
Les temps de pose ont été cruellement longs : jusqu'à 20 minutes
! Une nouvelle torture pour Willène qui pensait
pourtant tirée d'affaire après deux enterrements !
J'ai tenté de composer mon image en plaçant des bougies plus ou
moins près de l'appareil. Le décalage évident entre l'image issue
du viseur et celle impressionnée sur la pellicule ont
donné des résultats très différents de ce que j'avais prévu.
Et puis, Willène étant un être humain vivant, elle a bougé
! Ce à quoi l'on peut s'attendre en 10 ou 20 minutes de pose
! Les images sont donc floues !

En poussant les niveaux sous Photoshop, on peut
trouver un visage derrière des bougies incandescentes mais pas
une belle photo...

Un portrait flou de Willène avec 10 minutes de
pose... et des bougies très mal placées !
Alors que je n'avais pas encore développé ces images, je commençais
à desespérer car je m'attendais à des résultats peu
satisfaisants.
En guise de feu, j'avais essayé le soleil sans succès et les
bougies... je ne le sentais pas trop... Que me restait-il à tester
?
Le feu tel qu'on le connaît : celui qui danse dans la
cheminée !
Le premier test fut encourageant :

Le feu en sténopé !
A l'issue de cette séance, après plusieurs jours de
réflexion, j'ai finalement décidé de retenter cette
expérience avec mon modèle cette fois !
En sténopé, la superposition de deux images sur une même
vue donne parfois des résultats étonnants. Superposer une
image de feu à un portrait me tentait bien ! Avec un peu de chance,
j'allais être agréablement surpris !
Cette séance, bien que très spéciale, s'est très bien
déroulée, avec une équipe de choc à mes côtés pour
m'aider (Willène, mon modèle, et ma soeur qui
avait posé pour l'eau) ! Nous nous y sommes
pris dès le matin et avons pu enchaîner
assez efficacement les prises de vue car les aspects pratiques
de la séance avaient été pensés et tous les accessoires
étaient là. Pour le portrait : un trépied, un tissu noir à
tendre avec des pinces à linge pour faire office de fond
et une petite chaise pliante pour le modèle.

Willène (à gauche) et Régis, mon modèle (à droite)
dans mon studio photo improvisé en plein air !

Régis, le feu, qui manifestement n'a pas chaud !
:D
Concernant le feu, nous avions pris nos précautions avec,
notamment, un extincteur à nos côtés. Bien sûr, il n'est pas recommandé de tenter
l'expérience laquelle est malgré
tout dangereuse. Informez-vous sur le
site Internet Prévention
Incendie.
Willène, à la base, peu confiante face au feu, a finalement
parfaitement maîtrisé la situation. Elle s'est même occupée
personnellement du brasier. Ce dernier était alimenté au moyen
de journaux gratuits récupérés par dizaines dans le métro...
Les résultats obtenus ont été assez dingues !
Le modèle est parfois méconnaissable et les traits paraissent
dessinés ou peints.
Ci-dessous, l'image sur laquelle on reconnait le mieux le
modèle :

Une autre image sur laquelle on ne le reconnaît plus du
tout !

Je tiens à signaler qu'il n'y a ici aucun traitement d'image si ce
n'est le dépoussiérage !
Le sténopé nous étonnera toujours !
Sur les 8 images obtenues, seules les 4 premières sont
bonnes.
En perdant de la lumière au fur et à mesure de la journée, le
modèle est devenu invisible à l'image car le feu
l'embrase complètement.

Pas assez éclairé, le modèle disparaît en faveur du
brasier qui occupe toute l'image.
Cette allégorie du feu est à mon
sens la plus forte de la série.
C'est d'ailleurs cette image qui a été choisie pour
figurer dans le catalogue de l'exposition 4-4-4 !





