Que ce soit en peinture, en dessin ou en photographie
(numérique, sténopé), le portrait reste mon sujet de prédilection.
Mais qui dit portrait dit modèle… de quoi se poser un
certain nombre de questions. Comment trouver un modèle ?
Comment le rémunérer ? Faut-il prévoir un contrat ? Comment
organiser la séance ?
Dans cet article, j’essaie de répondre à ces questions sur la
base de ma petite expérience. Votre contribution en commentaires
(points de vue, compléments d’informations etc.) est la
bienvenue !
Comment trouver un modèle ?
Dans votre entourage
A nos débuts, nous ne cherchons généralement pas très loin et
avec raison ! Avoir recours à son entourage, c’est faire
appel à des personnes que vous connaissez et qui vous connaissent.
Une relation de confiance est donc plus facilement installée et vos
modèles font généralement preuve de plus de patience ! Il y a
également moins de chance qu'ils vous fassent faux bond.
Si vous connaissez d’autres artistes en quête de modèles,
n’hésitez pas à proposer un échange de bons procédés
consistant à poser à tour de rôle.
Plus fiable encore que vos proches pour poser : vous-même !
^^ Nombreux sont ceux qui se lancent dans
l’autoportrait, pas nécessairement par orgueil mais pour des
raisons pratiques ! Seulement, jouer à la fois à l’artiste et
au modèle relève quasiment de la schizophrénie ! C’est loin
d’être un exercice facile.

Autoportrait de Norman Rockwell
Par Internet
Si vous éditez un site
web ou un blog dédié à votre pratique
artistique, n’hésitez pas à l’exploiter
dans le cadre de votre recherche de modèles. Il s’agit de
créer une section dédiée dans laquelle vous invitez les modèles à
vous contacter. C’est encore mieux si vous indiquez des
critères physiques (si vous en avez), une description du
projet (si vous avez un projet précis), les conditions de la prise
de vue ainsi que le mode de rémunération (ou du moins le "retour"
que vous lui proposer). Cela vous permettra de mieux cibler votre
recherche, de souligner le sérieux de votre démarche, d'économiser
du temps et d’éviter d’en faire perdre à vos candidats
!

L'artiste Spencer Tunick connu pour ses paysages
urbains peuplés d'hommes et de femmes posant nus recrute ses
modèles via un formulaire dédié sur son site
Internet.
Si vous n’avez pas de site web personnel, vous pouvez
rechercher votre modèle sur des plates-formes
de book en ligne comme book.fr. Vous pourrez
vous faire une idée des modèles et de leur recherche et prendre
contact avec eux.
Vous pouvez également recruter en consultant les petites
annonces ou en en déposant une. Il existe de nombreux
sites de PA gratuites sur le net comme Vivastreet mais sachez faire le tri entre
les candidats sérieux et les moins sérieux sur ce type de
plate-forme…
Dans les lieux publics, en mode « casting sauvage
»
Si vous êtes un mordu du portrait, je parie que vous êtes déjà
tombé en arrêt devant un modèle potentiel très intéressant pour un
projet, dans la rue, dans le métro ou tout autre lieu public. Vous
vous êtes dit « J’aurais du aborder cette personne et lui
demander de poser pour moi ! ». La timidité ou la peur de passer
pour un gros pervers a cependant freiné votre enthousiasme ! Et
c’est bien dommage ! Pour rassurer votre interlocuteur et
l’assurer du sérieux de votre requête (si toutefois, vous
osez passer le cap), munissez-vous d’une carte de
visite et/ou un mini book afin de donner un
aperçu de votre travail. Personnellement, je n’ai pas encore
testé cette technique mais je compte bien me lancer ! Je vous
raconterai ! ^^

Livre-photo de mes sténopés 2008-2009 imprimé via le
service livre-photo.com.
Comment rémunérer un modèle
?
Même si vous ne faites pas d’argent avec votre production, la
question de la rémunération du modèle au sens large s’impose.
Le modèle travaille pour vous, il est donc logique de lui accorder
un retour, quel qu’il soit.
Cela peut prendre la forme d’une rémunération
pécuniaire, seulement il faut pouvoir se le permettre. A
titre d'exemple, un modèle de nu dans un atelier
collectif est payé environ 40 euros pour une séance de 2 à 3
heures.
Il existe ensuite des astuces pour réduire les coûts comme le mode
de rémunération « pose contre tirage » lequel
consiste, comme son nom l’indique, à offrir des tirages issus
de la séance photo. Dans ce cas de figure, je vous conseille quand
même de fixer à l'avance le nombre minimum garanti de tirages à
céder et leurs dimensions afin que le modèle ne soit pas déçu. Ce
mode de rémunération peut également fonctionner en dessin ou en
peinture : lorsque je faisais du portrait au fusain
d’après modèle, je prévoyais d’en faire 3 et
d’offrir au modèle le dessin de son choix…
Je déconseille en revanche le mode de rémunération « pose
contre fichiers haute résolution sur CD/DVD » en
photo. En effet, vous offrez ici une totale liberté
dans l’exploitation de vos fichiers et perdez la
maîtrise de vos créations. Les fichiers haute résolution
doivent être entre vos seules mains pour garder la maîtrise
des tirages qui en sont issus. Si vous souhaitez vendre vos images,
il est généralement conseillé de faire tirer des séries limitées
afin de créer un phénomène de rareté. Et vous ne pourrez pas
garantir un nombre maximum de tirages, si vous laisser vos fichiers
haute résolution dans la nature...
Enfin, vous pouvez rémunérer votre modèle en lui offrant une
petite formation artistique. Cet échange de bons
procédés est généralement demandé par le modèle lequel souhaite
améliorer ses compétences en dessin, peinture et plus souvent en
photographie et demande une inititiation pratique en échange
d’une séance de pose. Personnellement, j’ai pratiqué
plusieurs fois cette approche en proposant une initiation au
sténopé.
Dans tous les cas, il faut garder en tête que, comme dans toute
relation de travail, le modèle doit obtenir un retour pour être
suffisamment motivé. Il est donc important de ne pas négliger cet
aspect en fixant un échange satisfaisant pour les deux
parties.
Comment organiser sa séance
?
Faire de votre séance de pose une réussite nécessite une certaine
organisation, à plus forte raison, si votre modèle ne fait pas
partie de votre entourage. Cette personne vous offre de son temps
et de sa personne. Il est donc important d’assurer au maximum
!
Tout d’abord, il est préférable d’avoir une idée bien
précise de votre séance. Concevez les images que vous
souhaitez produire, choisissez à l’avance le ou les
lieux de la prise de vue, prévoyez les éventuels accessoires
nécessaires, imaginez les poses que vous souhaitez faire prendre à
votre modèle et si possible, faites des tests avant le jour
J.
Cela vous permettra de faire bonne impression au moment de la
première prise de contact avec votre modèle mais également le jour
J. Car il n’y a rien de plus désagréable pour un modèle que
de voir son artiste peiner douloureusement dans sa tâche.
D’ailleurs, si vous doutez de vous lors de la séance,
tentez de garder votre calme et de vous montrer confiant
et rassurant. Plus généralement, bien organiser sa séance vous
permettra de gagner en efficacité et de vous rapprocher des
résultats souhaités.

Ilyès posant pour Les quatre éléments :
l'air (Photos : Willène
Pilate)
Selon les projets, il peut être utile de prévoir un
entretien préalable avec le modèle au sujet de la
séance. Cela peut vous permettre de dissiper vos propres
inquiétudes ou celles du modèle. Cela peut également renforcer le
sérieux de votre démarche. N’oublions pas que les relations
entre un artiste et son modèle peuvent être particulières et donner
lieu à une forme de fantasme. Alors, si vous avez pour seul
objectif de travailler avec votre
modèle, mieux vaut le préciser le plus tôt possible car les
propositions libidineuses peuvent venir de part et d’autre !
;)
Enfin, il est plus prudent de poser un regard réaliste sur son
projet et d’estimer le temps nécessaire à la séance
de pose. Si vous avez besoin d’étaler votre projet
sur plusieurs jours avec un même modèle, prenez garde ! Plus le
projet sera impliquant pour le modèle, plus ce dernier sera
susceptible de ne pas assurer à 100% et de vous poser un lapin,
d’autant plus si le mode de rémunération n’est pas
suffisamment motivant. Je conseille donc, si possible, de
mobiliser votre modèle une seule journée. Si
plusieurs jours sont nécessaires, assurez-vous bien de la
disponibilité du modèle et tentez de rapprocher autant que possible
les différentes séances pour que le soufflé ne retombe pas trop
vite !
Faut-il prévoir un contrat entre le
modèle et le photographe ?
Une relation de travail entre un artiste et son modèle peut faire
l’objet d’un contrat. Ce contrat fixe la relation de
travail, le mode de rémunération ainsi que les conditions
d’utilisation des photographies. Un tel contrat vous
permettra notamment d’être serein quant à l’utilisation
de l’image de votre modèle même si comme nous
l’indique Joëlle Verbrugge du blog Droit
& Photographie à travers un cas pratique, en matière de droit à
l’image, la jurisprudence se place davantage du côté des
artistes. La signature systématique d’un contrat
n’est donc peut-être pas nécessaire. Tout dépend de
l’envergure de votre projet… mais nous ne sommes
jamais trop prudents…
Pour faire les choses bien, ce type de contrat doit être rédigé
avec l’aide d’un juriste… encore faut-il pouvoir
le rémunérer celui-là aussi ! ^^ Vous trouverez donc un exemple de contrat déniché sur le net qui peut vous
servir de base.
Et vous, comment travaillez-vous avec
des modèles ? Qu’avez-vous appris ? Quels seraient vos
conseils ? Racontez-nous votre expérience !




