Dans mon premier article consacré au 3ème
Festival d'art contemporain de Saint-Florent sur Auzonnet
auquel j'ai participé en juillet, je vous ai présenté les 7
artistes avec lesquels j'ai vécu cette petite aventure d'une
semaine. Il est désormais temps de passer à ma
bobine ! :P
J'étais donc invité en tant que photographe sténopiste, tout comme
une certaine Christiane Sintès l'an passé. En intégrant
le sténopé deux années de suite au programme du Festival,
l'association organisatrice a, en quelque sorte, reconnu la
richesse de cette technique : il ne s'agit pas seulement d'un
procédé archaïque qui émerveille mais surtout d'un moyen
d'expression à part entière, avec lequel il est possible de
produire des œuvres très différentes comme en sculpture ou en
peinture.
Ainsi, en 2010, Christiane Sintès avait travaillé autour du paysage
avec un sténopé Polaroid.
De mon côté, j'avais prévu de réaliser des portraits avec mon
fidèle Agfa Clack sténopé !
Mon atelier
Alors que mes camarades travaillaient
dans les salles de classes de l'école désaffectée qui nous était
mise à disposition, j'occupais l'ancien réfectoire transformé en
salle polyvalente.
Dans cette grande pièce, j'ai installé une table près d'un évier
pour mes développements (j'ai travaillé quasi exclusivement à la
pellicule). Au fond, sur l'estrade, j'ai improvisé un studio photo
pour la prise de vue et installé un bureau pour la retouche.
J'avais également accès à une "pièce noire" pour le développement
des négatifs papier et la mise en cuve des pellicules (laquelle
doit se faire dans le noir complet).
Bref, j'avais beaucoup de place et je pouvais laisser mon atelier
tel quel chaque soir avant de partir. Pas besoin de tout
débarrasser, ce qui est malheureusement inévitable quand on fait du
développement dans ses toilettes ou sa cuisine !

Les éprouvettes n'étaient pas en nombre suffisant.
J'ai donc développé avec des bouteilles en plastique décapitées. Et
ça fonctionne très bien ! ^^

Une pellicule à faire sécher ? Il suffit de caler
une grille de réfrégirateur avec une pierre au-dessus d'un meuble
de cuisine, et le tour est joué ! :D

Sur l'estrade : mon studio photo et mon bureau de
retouche ! La classe ! :D

Un tableau d'école m'a permis de dresser un tissu
noir pour l'arrière-plan de mes portraits. D'autres tissus noirs
étaient à disposition en cas de besoin. Pour poser, mes modèles
devaient s'asseoir sur le sol et se caler sur une boîte en carton,
elle-même calée sur des chaises calées
sur le mur pour être bien stables (tout un système !).

Une fois mes pellicules développées et séchées, je
pouvais les scanner pour effectuer les retouches nécessaires à la
palette graphique.

La fameuse "pièce noire" dans laquelle je pouvais
développer des négatifs papier à la lumière inactinique et mettre
en cuve mes pellicules avant développement. La pièce était
suffisamment grande pour accueillir un groupe de
visiteurs.


Pour obtenir une obscurité parfaite, j'ai dû opérer
quelques aménagements : utiliser un grand carton et un rideau
trouvés dans l'école pour occulter la lumière passant à travers les
portes, puis donner quelques coups de peinture noire et de gaffer
sur les zones stratégiques.
Découverte du révélateur en poudre
Pour travailler, l'association organisatrice nous a fourni le
matériel nécessaire.
Ayant l'habitude d'utiliser du révélateur liquide, je me suis
retrouvé confronté à du révélateur en poudre !
C'était l'occasion ou jamais de tester ce
produit !
Le premier défi consistait à trouver le mode d'emploi...
En lisant les inscriptions sur la boîte, je ne trouvais pas
grand-chose à l'exception de nombreuses mises en garde concernant
la dangerosité du produit.
Morceaux choisis :

Après avoir retourné le problème dans tous les sens, j'ai découvert
la marche à suivre imprimée... à l'intérieur de la boîte. Pourquoi
pas...
Rien de bien sorcier : il y a deux sachets de poudre nommés A
et B. Il s'agit de diluer dans de l'eau chaude (40°C) le sachet A
puis le sachet B et d'attendre que la température de l'eau se
stabilise (à 20°C idéalement) avant d'utiliser le révélateur (de
préférence environ 8h après l'avoir préparé, ce que j'ai appris
plus tard...).
Il est même possible d'utiliser jusqu'à 3 fois le même révélateur
dans un délai de 24h en prenant le soin d'ajouter 10% de temps
à la durée du bain de révélation du développement précédant. Ainsi,
si avec un révélateur neuf, le bain de révélation dure 9 minutes,
le bain du deuxième développement durera 9 minutes 54 secondes
(9min +10%) et celui du troisième et dernier développement, 10
minutes 53 secondes (9min54 + 10%).
Les portraits réalisés pendant la résidence

Jérôme, un de nos peintres, a passé la semaine à
nous croquer les uns après les autres. Sur cette toile, c'est moi
la vedette ! :P En pleine séance photo avec Roland dans un premier
temps, puis au développement. C'est bien d'avoir des souvenirs en
photos mais en peinture, c'est encore mieux !
Ayant l'habitude de prendre des photos dans des lieux très
différents, j'allais devoir adapter mon travail aux contraintes qui
m'étaient imposées : un lieu fixe pendant une semaine.
Pratiquer la photo de paysage était tentant vu que j'allais
séjourner dans le Gard mais cela n'a jamais été mon truc. Le
développement des sténopés pris à Etretat juste avant mon départ
me l'avaient d'ailleurs confirmé !
J'allais donc faire du portrait. Je suis parti avec cette idée en
priant pour avoir des modèles volontaires.
C'était un peu risqué mais je n'avais pas trop le
choix !
Pendant une semaine, j'ai réalisé des portraits dans l'esprit de
ces images produites fin 2010 :

J'ai voulu créer des portraits en noir et blanc assez classiques
sans avoir recours aux effets permis par le sténopé à savoir les
effets de transparence, de mouvement et de surimpression que je
n'ai pourtant jamais hésité à exploiter jusqu'ici.
Le maître-mot était la simplicité.
Aussi, l'idée n'était pas véritablement de produire des portraits
d'individus mais plutôt de mettre en avant l'humain dans sa
représentation la plus universelle.
C'est la raison pour laquelle, j'ai demandé à mes modèles de porter
des vêtements noirs (pour que ces derniers ne soient pas visibles)
et d'adopter une posture neutre. C'est aussi pour cela que j'ai
banni tout accessoire de mode (lunettes, chapeau, collier, boucles
d'oreilles, barrettes etc.).
Ces portraits, je les ai voulus forts (avec le concours d'un
éclairage unique et violent) mais empreints de douceur (grâce au
léger flou propre au sténopé et au temps de pose de 30
secondes).
Le dur métier de modèle
J'ai eu de la chance :
les 7 artistes de la résidence ont accepté de poser pour moi !
Tous !
J'ai également eu l'occasion de faire poser certains visiteurs qui
avaient le malheur de s'approcher d'un peu trop près de mon studio
photo ! C'était la première fois que j'avais autant de modèles
à disposition : un bonheur !
Je n'avais toutefois pas beaucoup de temps pour travailler.
Avec mes amis, les séances de pose durent généralement deux bonnes
heures.
A Saint-Florent, j'ai dû apprendre à travailler plus vite car mes
modèles artistes avaient du pain sur la planche. J'ai dû passer 20
à 30 minutes par modèle pour 4 clichés chacun.
Comme à mon habitude, j'ai quelque peu torturé mes modèles. Je
pense notamment à la pose inconfortable que j'ai imposée à Danielle
et qui a eu raison de son cou... tout ça pour des photos
floues, c'est ballot ! (je vous rassure, elle va bien
!).
Je pense quand même être resté soft dans l'ensemble. J'ai fait
subir bien pire par le passé !
Et si tu me crois pas, clique sur la vignette :

Bref, vu que mon trépied bas de gamme ne monte pas bien haut, mes
modèles ont dû s'asseoir sur le sol carrelé pour la prise de
vue.
Ensuite, il fallait faire preuve de patience. Comme on peut s'en
douter, le gros du boulot consistait à trouver la bonne pose et
l'emplacement idéal de l'éclairage. Une lumière difficile à
supporter car aveuglante et dégageant une forte
chaleur.
Enfin, il fallait tenir la pose 30 secondes durant. Un temps de
pose pas toujours facile à gérer selon les modèles. Un temps de
pose que je considère comme court pour ma part, mes sténopés
demandant généralement 1 à 4 minutes de pose !
Travailler avec autant de modèles en une semaine m'a permis de
mieux apprécier le rapport de chacun à sa propre image et à
l'exercice de la pose : il y a les modèles peu intéressés par
l'expérience mais qui décident malgré tout de jouer le jeu, il y a
ceux qui annoncent d'emblée ne pas être photogéniques, ceux qui
sont impatients de voir le résultat, ceux qui désespèrent de
constater que la prise de vue prend du temps et ceux que l'on peut
"torturer" à loisir sans montrer le moindre signe de fatigue
!
Les résultats
En 5 jours, j'ai pris 38
sténopés, soit 5 pellicules dont la dernière n'était pas terminée
lors de mon départ.
J'ai donc développé 4 pellicules et sélectionné 4 clichés que j'ai
jugé intéressants pour le finissage :




Les avis sur mon travail
Lors du vernissage de
l'exposition ouvrant le Festival, deux de mes sténopés ont été
accrochés et le reste de mon travail pouvait être consulté via mon
book mis à la disposition du public. Sur mes images, la figure
humaine est très présente et je joue beaucoup sur les effets de
transparence, de mouvement et de surimpression. Du coup, j'ai pu
entendre avec amusement à mon sujet "C'est le Monsieur qui photographie des
fantômes !". Ainsi, l'absence d'effets
sur les portraits réalisés durant la résidence a été très
remarquée. J'ai même senti une certaine déception de la part de
certains visiteurs.
Cela m'amène à m'interroger sur ma pratique photographique :
le choix du sténopé comme technique photographique se justifie t-il
uniquement par l'exploitation des effets de transparence, de
mouvement et de surimpression qu'il nous permet d'obtenir ?
Pour ces derniers portraits, aurais-je dû/pu utiliser une autre
technique photographique ? A méditer...

L'entrée de la salle d'exposition.

Mes sténopés exposés au vernissage ouvrant le
Festival, et pendant la semaine. Comme vous pouvez le constater,
des palettes prêtées par une société située en face du lieu
d'exposition ont servi de supports pour l'accrochage. Une solution
économique qui ne manque pas de charme !

Mon book était consultable sur place. J'ai constaté
avec étonnement que les visiteurs étaient nombreux à prendre la
peine de le feuilleter. C'est la première fois que je suis content
de récupérer des affaires pleines de traces de doigts !
^^

Les caisses américaines mettent particulièrement
bien en valeur les photos.
Si vous souhaitez un encadrement de qualité et peu onéreux, filez
chez Ikéa ! ^^
Pour d'autres idées d'encadrement, allez lire mon article "Exposition photo : les solutions
d'encadrement".
Concernant les 4 portraits exposés et offerts à l'association
organisatrice du Festival, j'ai eu aussi le droit à des retours qui
m'ont fait sourire ("Quand je
regarde tes photos, ça me fait mal à mon
cœur") et d'autres, carrément
dithyrambiques ("Je me disais que
plus je les voyais, plus je les trouvais géniales, puissantes,
profondes, touchantes").
Heureusement, on garde les pieds sur terre quoi qu'il arrive,
surtout après ces échanges :
- Tu vas
faire quoi de tes photos ?
- Je vais en sélectionner 4 que je vais exposer au finissage.
- Oui, mais après, tu vas en faire quoi ?
- Euh, ben, je vais les mettre sur mon site web, je vais sûrement
les exposer de nouveau aussi et puis s'il y a des personnes qui ont
envie de les acheter, elles pourront !
- Mais pourquoi acheter ces photos ?
- Bah, pourquoi on achète des peintures ? Pourquoi on achète
des sculptures ? etc.
- Non mais, je veux dire, qui voudrait acheter des photos
pareilles, c'est horrible !
Je ne voudrais pas mettre ça chez moi, ça me ferait trop
peur !
Réflexion faite, je crois que moi non plus, je ne pourrais pas
mettre ça chez moi ! :D
Comment ça, je me vends mal ? :P
Le bilan
Peu inspiré depuis trop longtemps, cette
expérience en résidence m'a permis de reprendre goût à la
photo.
J'avais peur de manquer d'envie et j'ai finalement travaillé avec
beaucoup de plaisir pendant une semaine quand, chez moi, je dois
parfois me faire violence pour faire 3 photos et développer une
malheureuse pellicule.
Je dois cela à des conditions de travail optimales et à la présence
d'artistes passionnés lesquels m'ont permis d'éviter de me poser
les questions qui tuent comme "A quoi bon faire ces
photos ?", "A quoi bon accumuler ces images ? Ce ne sont
que des images... A quoi servent-elles ? etc.".
Je ne pense pas m'être métamorphosé à mon retour mais je dirais que
le "Laurent" d'après l'expérience Saint-Florent n'est pas tout à
fait le même que celui d'avant ! ;)
Et après ?
Les 4 portraits réalisés me semblent
constituer un début de série intéressant.
Je me suis donc donné comme objectif de compléter cette série pour
obtenir en tout 20 portraits avant la fin de l'année. Pour
commencer, j'ai donc blindé mes week-ends du mois d'août de séances
photo. ^^
J'ai bien conscience qu'il s'agit de
portraits assez classiques mais l'expérience Saint-Florent m'a
donné la pêche pour travailler activement sur de nouvelles photos
et j'aime travailler sur cette série alors tant que le plaisir est
là, il serait bête de le bouder ! ;)





Willène
mer 24 aoû 2011 23:08