
Les quatre éléments
: l'eau (2009)
Comme promis, je vais vous présenter chaque semaine un
petit making-off des séances de sténopé réalisées l’année
dernière pour répondre à l’appel à participation à l’exposition
"4-4-4" sur le thème des quatre éléments.
J’ai décidé assez vite de produire des
allégories. Les modèles se sont imposés d’eux-mêmes : je
voulais Willène pour la terre,
mon beau-frère Régis pour le feu
et ma sœur Céline pour
l’eau. Loin de moi l’idée de ne pas
mener de recherche plus approfondie pour trouver des modèles. Il se
trouve que ces trois personnes issues de mon entourage
correspondaient parfaitement à mes critères ! Par contre, je
n’avais pas encore d’idée pour le modèle qui
incarnerait l’air…
Pour ce premier making-off, nous commençons avec
l’eau, premier cliché obtenu sur les 4 de la série
exposée en ce moment au Centre culturel André
Malraux du Bourget.
Une première idée saugrenue m’était venue : je voulais faire de l’eau une sorte de déesse belle et répugnante à la fois. Je l’imaginais suintante, coiffée d’un poulpe gluant dont les tentacules, faisant office de chevelure, lui retomberaient sur le visage.
J’appelais ma sœur :
Moi : J’aimerais te demander un
service mais c’est un peu spécial.
Ma sœur : Ah oui ? Quoi ?
Moi : J’aimerais que tu poses pour des
photos au sténopé. C’est sur le thème des quatre éléments. Tu
serais l’eau… mais c’est un peu spécial.
Ma sœur : Vas-y… Dis-moi…
Moi : Ben… j’aurais besoin… que
tu portes… un poulpe sur la tête !
Ma sœur : Ah d’accord ! Aucun souci !
On fait ça quand tu veux !
J'adore ma sœur ! ^^
Je parlais de cette idée autour de moi.
Idée qui ne faisait pas l’unanimité.
François : Je ne la sens pas trop
cette idée.
Moi : Ah si ! Ça va
être super ! Surtout avec les effets du sténopé ! J’ai hâte
de tester !
François : J’ai peur que ça soit plus
risible qu’autre chose. Quand tu me parles de poulpe, ça me
fait penser à la scène du film Podium quand Benoît Poelvoorde dit à
Mia Frye "Dis donc, toi là-bas, avec le calamar sur la tête, ça te
fait rigoler ce que je dis ?".
Une autre personne avec laquelle j’avais discuté de
l’idée m’avait sorti :
"Mouais… Encore une fille
qui va sentir le poisson".
La classe.
Du coup, François m’avait orienté vers une
autre idée, plus simple : orner d’algues cette déesse
des eaux.
On pouvait trouver facilement des algues sur
les étalages de poissonnerie.
Il suffisait de demander. Ça valait le coup d’essayer.
Cette idée me séduisant d’autant plus que la pose d’un
animal mort sur la tête de ma sœur m’inspirait de moins
en moins malgré un réel enthousiasme de sa part.
N’ayant pas eu l’occasion de faire un saut en
poissonnerie, je me suis dit qu’on pouvait trouver des
algues à la plage. Je m’apprêtais justement à
passer un séjour avec ma sœur sur les côtes
espagnoles. C’était l’occasion d’exploiter ces
animaux marins dont la présence gélatineuse sur le sable blanc
était d’ordinaire déplaisante pour le baigneur urbain que je
suis.
Une fois sur place : pas de chance ! Les plages
étaient absolument nickel, comme nettoyées. Pas une présence
animale en ces lieux. Il fallait faire sans.
J’ai donc improvisé une séance photo qui n’a donné
aucun résultat convainquant : la déesse de la mer faisant la
bronzette, ce n’était pas exactement ce que je voulais pour
mon allégorie de l’eau.
L’idée retenue fut, une fois de plus, soufflée par
François : "Pourquoi
n’utiliserais-tu pas une vitre recouverte de gouttes
d’eau pour créer un filtre devant ton modèle ?".
L’idée me parut simple. Trop simple
même.
Mais j’étais à court d’idée et un peu de simplicité
n’était pas forcément une mauvaise chose.

Essais pour Les quatre éléments : l'eau
(2009)
Pour cette dernière séance qui s’est déroulée en septembre,
ce fut laborieux.
Nous avons installé le nécessaire sur la terrasse de
l’appartement de ma sœur : une table de jardin dont le
porte-parasol introduit en son centre a permis de maintenir une
vitre ; et un séchoir à linge « habillé » d’un drap pour
servir de fond afin de masquer l’intérieur de
l’appartement sur les photographies.
A ma grande surprise, l’eau appliquée sur la vitre à
l’aide d’un vaporisateur glissait comme de petits
ruisseaux sans former de gouttes statiques. Le recours à un autre
élément (la terre) fut nécessaire pour que « ça accroche ».
J'ai dû également me confronter au problème du reflet sur la
vitre... Si vous avez à tenter un tel exercice, portez des
vêtements sombres et appliquez du gaffer sur les pièces
métalliques de votre appareil sténopé susceptibles d'être
visibles.

Essais pour Les quatre éléments : l'eau
(2009) : s'il n'évoque pas vraiment l'eau, je trouve ce cliché est
particulièrement glauque ! ^^
Ma sœur fut quelque peu torturée pendant cette séance
: pour se placer bien en face de la vitre, elle ne pouvait
être ni assise ni debout. De plus, elle n’avait d’autre
choix que de se positionner sur le rail de la porte-fenêtre de la
terrasse. Pour renforcer l’ambiance aquatique, j’ai
également aspergé d’eau ses cheveux à plusieurs
reprises… dans la tiédeur du mois de septembre (et dire que
ça ne se remarque même pas sur les images ! ^^).
Une deuxième pellicule à peine entamée, au bout d’une heure
et demi, le soleil s’est décidé à jouer à cache-cache avec
les nuages : une bénédiction pour ma victime qui, de toute façon
déclarait forfait. Elle me lâcha malgré tout "S’il faut faire une nouvelle séance, pas de
souci, hein...".
Heureusement, cela n’a pas été nécessaire.
J’ai donc pu obtenir une image ET garder une
sœur ! ^^





















